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# Un projet économique pour le Québec
- URL: https://hotte.ai/un-projet-economique-pour-le-quebec/
- Published: 2026-10-11T01:30:00.000Z
- Updated: 2026-10-12T03:07:34.000Z
- Description: REM, Northvolt, Medicago, SAAQclic, Dossier santé. Le Québec investit des milliards dans des projets mal évalués et absorbe les dépassements. Un vrai programme économique pour changer de méthode et investir dans les secteurs d'avenir.
- Author: JF Hotte
- Tags: Facebook

Au Québec, on a le réflexe d'investir à coups de milliards dans des projets mal évalués, puis d'absorber les dépassements. Le REM est passé de 6,3 à plus de 9 milliards de dollars. Northvolt, 510 millions de fonds publics engagés, dont 270 millions déjà radiés, pour une usine qui n'existera jamais. Medicago, 173 millions perdus. La série C de Bombardier, 1,3 milliard investi en 2016 pour une participation revendue à Airbus à perte. Le troisième lien, plus de 100 millions en études pour un projet qui change de forme à chaque élection. En numérique, c'est pire. Le Dossier santé Québec devait coûter 563 millions, il en a coûté 1,6 milliard. SAAQclic, 500 millions de dépassement et des mois de chaos. Le Dossier santé numérique avec Epic se négocie dans les milliards avant même que le premier hôpital soit branché. Et l'entente de Churchill Falls, signée en décembre 2024, engage Hydro-Québec pour des dizaines de milliards sur cinquante ans sans débat public.

Et si on investissait pour nous? Si on reprenait les idées de Jacques Parizeau, de Jean Lesage et de René Lévesque, et qu'on nationalisait des grands chantiers, au lieu d'envoyer des milliards aux États-Unis, dans le reste du Canada et à l'étranger, dans des sociétés privées.

Jacques Parizeau et Jean Lesage seraient totalement dépassés par le comportement de la Caisse de dépôt. Il faut se questionner sur son utilisation. Environ 80 % de ses actifs sont placés à l'extérieur du Québec, pour construire des autoroutes à péage en Inde par sa filiale Maple Highways, financer Celsius Network, un prêteur crypto dans lequel elle a mis 150 millions américains en 2021 et qui a fait faillite neuf mois plus tard, acheter Azure Power, un producteur solaire indien rattrapé par un scandale de fraude en 2022, et voir ses anciens employés accusés par la justice américaine en 2024 dans une affaire de pots-de-vin liée à Adani. La Caisse a été créée en 1965 pour bâtir le Québec. On devrait lui redonner cette mission. Comme premier ministre Paul St-Pierre Plamondon honnêtement, comme on dit en bon québécois, je crisserais tout le monde dehors.

Il va falloir sérieusement se questionner au Québec et exiger de nos politiciens qu'ils créent de la richesse et réinventent notre économie parce qu’on ne tiendra plus bien longtemps comme ça.

On ne peut plus mettre toute notre énergie dans des petits débats futiles. Ça prend une vision plus large de l'économie, et vite, parce que le monde va changer plus rapidement que nos institutions.

Dans mon dernier texte, j'ai parlé de ce que l'Alberta et le Québec émettent en GES. Cette fois, j'ai regardé ce qu'on consomme, ce que ça rapporte et ce qu'on fait avec notre électricité. Les chiffres viennent du Rapport d'inventaire national 2026 d'Environnement Canada, de l'inventaire québécois des GES 2023, de Ressources naturelles Canada et de l'État de l'énergie au Québec 2026 de HEC Montréal.

L'Alberta émet environ 270 millions de tonnes de GES par année, 56 tonnes par habitant. Le Québec, 78 millions, 8,8 tonnes par habitant, le plus bas au Canada. Les émissions sont comptées là où le pétrole est extrait, pas là où il est brûlé. On fait faire la sale besogne à l'Alberta, on importe son pétrole, on brûle plus de 300 000 barils par jour, le Canada l'exporte et encaisse les revenus, on prend la péréquation au passage, et après on se pète les bretelles en disant que le Québec fait moins de GES que l'Alberta. Il faut arrêter avec cette mentalité-là, ça s'en vient gênant.

Les plus gros émetteurs au Canada en 2024, en millions de tonnes, sur un total de 685.

1\. Sables bitumineux, 91,8

2\. Chauffage des bâtiments, 81,4

3\. Industrie lourde, acier, ciment, chimie, aluminium, mines, papier, 77,5

4\. Camions légers, VUS et camionnettes, 55,0

5\. Production de gaz naturel, 51,5

6\. Production d'électricité, 49,6

7\. Élevage, 36,9

8\. Camions lourds, 35,7

9\. Pétrole conventionnel, 33,7

10\. Raffinage, distribution et pipelines, 30,6

Émettre, c'est une chose. Ce que ça rapporte, c'en est une autre. Le pétrole et le gaz au complet, c'est 177 millions de tonnes pour 91 milliards de dollars de PIB, environ 515 dollars par tonne, plus 188 milliards d'exportations en 2024 et 116 milliards versés en taxes et redevances de 2022 à 2024\. L'industrie lourde, surtout les minéraux et métaux, c'est 77,5 millions de tonnes pour 111 milliards, environ 1 430 dollars par tonne. Le chauffage des bâtiments et les VUS, 136 millions de tonnes, un cinquième du Canada, zéro dollar de PIB.

Les plus gros émetteurs au Québec en 2023, sur un total de 78,0.

1\. Camions légers, VUS et camionnettes, 11,0

2\. Automobiles, 7,6

3\. Véhicules lourds, 7,1

4\. Véhicules hors route, chantiers, mines, fermes, motoneiges, 6,5

5\. Alumineries, 5,4

6\. Chauffage des commerces et institutions, 3,9

7\. Cimenteries et usines de chaux, 3,9

8\. Sites d'enfouissement, 3,4

9\. Digestion des bovins, 3,2

10\. Raffineries, 2,4

Les quatre premières lignes sont des véhicules. Les VUS et camions représentaient 86 % des ventes de véhicules neufs en 2024, contre 24 % en 1990\. La première ligne du classement albertain, c'est les sables bitumineux. La nôtre, c'est nos VUS.

On ne se regarde pas le nombril. Un ménage québécois consomme 22 000 kilowattheures par année, trois fois plus qu'un ménage albertain chauffé au gaz. La surface habitable moyenne a grimpé de 82 % depuis 1990 et HEC Montréal calcule que plus de la moitié de l'énergie consommée au Québec est perdue sans valeur ajoutée. Un Québécois consomme plus de 400 litres d'eau potable par jour, souvent sans compteur. Les outils existent. Hydro-Québec vise 3 500 mégawatts d'économies d'ici 2035 et LogisVert subventionne les thermopompes. Ottawa a ajouté le 8 octobre 2 milliards de dollars de remises pour thermopompes. Une thermopompe, c'est 30 à 50 % de moins sur le chauffage et des mégawatts libérés pour notre souveraineté numérique.

Protéger l'environnement, ce n'est pas une dépense, c'est une économie. L'Institut climatique du Canada calcule que les dommages climatiques coûtent déjà 25 milliards de dollars par année à l'économie canadienne, inondations, feux, routes et ponts à refaire, et que chaque dollar investi en adaptation en épargne entre 13 et 15\. Les coûts qu'on évite aujourd'hui, c'est de la richesse pour l'État de demain.

Puis on se donne une petite conscience collective en visant les méchants centres de données, 190 mégawatts en pointe sur un réseau qui dépasse 40 000 mégawatts l'hiver, avec une électricité propre à 98,5 %. Pendant ce temps, les alumineries avalent une quarantaine de térawattheures, 20 % de notre électricité, à environ 5 cents le kilowattheure, pour un métal taxé à 50 % aux États-Unis. Sophie Brochu l'avait dit en 2022 quand elle dirigeait Hydro-Québec. Les nouveaux approvisionnements coûteront 11 cents, et « si on s'approvisionne à 11 cents avec un tarif industriel à 5 cents, ça ne marche pas ».

Ces mégawatts à rabais font vivre de moins en moins de monde. Les alumineries employaient 15 000 personnes au Québec en 2004, 7 700 aujourd'hui, pour la même électricité. Les papetières ont perdu plus de la moitié de leurs emplois depuis 2000\. Rio Tinto remplace ses cuves d'Arvida par l'AP60, plus d'aluminium avec moins de travailleurs, et toute notre industrie lourde va automatiser encore plus dans la prochaine décennie. Les sièges sociaux ne sont même pas ici. Rio Tinto décide à Londres, Alcoa à Pittsburgh, Alouette appartient à des actionnaires autrichiens, japonais et norvégiens, Domtar à la famille Widjaja d'Indonésie. On leur vend l'électricité la moins chère du continent, les emplois disparaissent et les profits traversent l'océan.

Il faut arrêter de penser que la création d'emplois est l'ultime donnée en économie. La bonne mesure, c'est la richesse créée par mégawatt et ce qui retourne à l'État. Un mégawatt vendu à 5 cents à une cuve dont le profit part à Londres et un mégawatt vendu au tarif plein à un centre de calcul qui paie ses taxes foncières et son impôt ici, ce n'est pas la même chose pour le Québec. Depuis 2023, tout projet de 5 mégawatts et plus est jugé sur les retombées par mégawatt, et Hydro-Québec avait reçu 23 000 mégawatts de demandes de centres de données. Je crois qu'il faut nationaliser ce secteur et en faire un grand projet de société.

Comparons un seul mégawatt pendant un an. Dans une aluminerie, il faut environ 14 mégawattheures pour produire une tonne d'aluminium, vendue autour de 3 500 dollars canadiens au London Metal Exchange. Un mégawatt en continu, c'est 620 tonnes et 2,2 millions de dollars de métal, dont 94 % part aux États-Unis, taxé à 50 %, avec un profit qui remonte à Londres ou Pittsburgh. Le même mégawatt dans un centre de calcul fait tourner environ 1 000 processeurs H100, loués entre 2 et 3 dollars américains l'heure. Ça donne entre 25 et 35 millions de dollars canadiens de revenus par année, dix à quinze fois l'aluminium. Sur 100 mégawatts, 2 à 3 milliards par année, avec des marges de plus de 40 %, donc des centaines de millions d'impôt et de taxes foncières par site. Les alumineries font vivre 7 700 personnes avec 40 térawattheures. Les mêmes 40 térawattheures en calcul, c'est plus de 100 milliards de revenus par année. C'est avec cet argent-là, l'argent de la puissance de calcul, qu'on va requalifier les emplois, investir dans les secteurs d'avenir et financer le revenu de base de ceux qui vont perdre leur emploi par la robotisation. De toute manière, c'est inévitable.

On s'en va déjà vers ça. L'IA et la robotisation vont remplacer une part des emplois dans tous les secteurs. Geoffrey Hinton, prix Nobel de physique 2024 et pionnier de l'apprentissage profond, dit que les gouvernements devront instaurer un revenu universel. Le Québec a déjà un Programme de revenu de base depuis 2023\. Quand les emplois partent, il faut que la richesse reste, et l'État ne peut redistribuer que des profits générés ici. Un être humain, c'est beaucoup plus qu'un employé. Le plus plausible pour le Québec, c'est la requalification massive vers les secteurs d'avenir, le calcul, l'énergie, les minéraux, les soins, la construction, et un revenu de base qui permet de se former, de créer une entreprise, de s'occuper des siens ou de s'impliquer dans sa communauté sans tomber dans la pauvreté.

L'économie sociale en est la preuve. Le Québec compte déjà 11 200 entreprises collectives, coopératives et OBNL, 220 000 emplois et 48 milliards de dollars de revenus par année selon l'Institut de la statistique du Québec, de Desjardins aux coopératives de santé et d'habitation. C'est de la richesse qui reste ici, qui ne part pas à Londres, et qui absorbe mieux les chocs qu'une usine qui ferme.

Le Québec est en crise parce qu'il ne produit pas assez de richesse et le mur s'en vient. Carolyn Rogers, première sous-gouverneure de la Banque du Canada, a qualifié la productivité canadienne d'urgence nationale en mars 2024\. En 1984, un travailleur canadien produisait par heure 88 % de ce que produisait un Américain. En 2022, 71 %. Pierre-Olivier Pineau, de HEC Montréal, mesure que le Québec produit 17 % moins de PIB par gigajoule que l'Ontario.

La Norvège a bâti un fonds souverain de 2 400 milliards de dollars américains avec son pétrole. Notre pétrole, c'est l'électricité. Un centre de calcul de 100 mégawatts tourne sur une électricité propre, paie le tarif plein, des taxes foncières et de l'impôt, et ces retombées peuvent financer nos écoles, nos hôpitaux et un revenu de base. Chaque mégawatt doit créer le plus de richesse possible pour les Québécois, et non pas enrichir des sociétés américaines et étrangères.

Voici ce que je crois qu'il faut faire, en toute humilité, après de longues réflexions. Libérer progressivement les mégawatts de l'industrie lourde pour la souveraineté numérique, le calcul et l'IA, en nationalisant ce secteur pour le Québec. Transformer nos minéraux critiques ici, avec une part des profits dans un fonds pour nos programmes sociaux. Financer l'économie sociale et la requalification à même ce fonds. Développer le solaire avec stockage par batteries sur les toits industriels, les stationnements et les terres dégradées, 3 000 mégawatts prévus par Hydro-Québec d'ici 2035\. Rénover les bâtiments d'avant 1980\. Mettre des compteurs d'eau. Taxer les véhicules au poids, comme la France depuis 2022\. Les VUS sont la première ligne du classement québécois. S'attaquer au déficit d'infrastructures municipales au lieu d'ignorer l'éléphant dans la pièce. Optimiser chaque mégawatt.

Il faut aussi arrêter d'importer notre gaz naturel des États-Unis et le prendre de l'Ouest canadien, qui arrive déjà par le même réseau de TC Énergie. Même chose pour le pétrole. Les 126 000 barils par jour qu'on achète aux Américains, on devrait les acheter à l'Alberta en agrandissant la ligne 9 d'Enbridge. C'est ça, bâtir une relation avec ceux qui nous versent la péréquation, au lieu d'enrichir le pays qui nous taxe. Et il faut profiter des taux d'intérêt actuels pour emprunter à long terme, comme Jacques Parizeau l'avait fait à New York en 1962 pour financer la nationalisation d'Hydro-Québec, avant que les taux remontent, parce que ça s'en vient. Comme premier ministre, j'emprunterais à notre pleine capacité, avec des partenaires financiers, pour lancer ces grands chantiers.

Il faut de toute urgence pivoter notre économie vers le savoir, le calcul, la souveraineté numérique et nos minéraux, pour créer des entreprises, des emplois d'avenir et de la richesse. Maîtres chez nous.

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