11 septembre 2026 · Études

La Société québécoise du calcul

Trois piliers pour le Québec de 2050. L'électricité d'Hydro-Québec, une société d'État du calcul et une agriculture alimentée par sa chaleur. Vingt milliards sur 2027-2033, deux campus de 200 mégawatts, dividendes au Fonds des générations.

La Société québécoise du calcul

Présentation d'idées, version de travail. Jean-François Hotte, septembre 2026. Une proposition à débattre, pas un plan final. Chaque donnée factuelle du document complet renvoie à une référence numérotée, et les projections sont des estimations de l'auteur dont la méthode est en annexe.

En bref

Le Québec a l'électricité la plus propre et parmi les moins chères du continent, un climat froid et des chercheurs en intelligence artificielle que le monde entier recrute. Il n'a aucune infrastructure de calcul qui lui appartient. Ses 78 centres de données abonnés à Hydro-Québec consomment ensemble 150 mégawatts, huit fois moins qu'un seul campus texan. Son gouvernement loue ses données et son calcul à des fournisseurs étrangers, plus de 1,5 milliard de contrats documentés à Microsoft et Amazon.

En février 2026, Hydro-Québec a demandé à la Régie de l'énergie un tarif de 13 cents le kilowattheure pour les centres de données, le double du tarif de grande puissance, parce que c'est le coût marginal de sa nouvelle production. Un mégawatt en continu se vend un peu plus de 1 million de dollars par année et coûte autant à produire. Le même mégawatt, dans un centre de données que le Québec possède, ajoute environ 2 millions de loyer par-dessus cette électricité, et environ 13 millions si on vend le calcul lui-même.

Trois piliers

Hydro-Québec, l'énergie. Fournit les blocs de la phase 1 dans une catégorie prioritaire créée par la loi, sans toucher à l'électricité destinée à la décarbonation. Porte la production dédiée, rehaussement de centrales existantes et petits réacteurs modulaires à Gentilly, remboursée par la vente d'électricité à un client ferme.

La Société québécoise du calcul, le calcul. Société d'État détenue par Hydro-Québec (40 %), la Caisse de dépôt et placement (35 %) et Investissement Québec (25 %). Elle possède et exploite deux campus de 200 mégawatts, équipe 60 mégawatts pour les données publiques et la recherche, et loue 280 mégawatts à des partenaires qui apportent leurs puces, installées par ses propres ingénieurs. Elle verse ses dividendes au Fonds des générations, sur le modèle du fonds souverain norvégien.

Agriculture Québec, l'alimentation. Récupère la chaleur des campus pour des serres installées à côté, sur le modèle des Serres Toundra de Saint-Félicien, et finance avec une part des revenus du calcul un réseau d'épiceries publiques pour les ménages à faible revenu.

Les trois piliers se tiennent. Sans électricité ferme, pas de calcul. Sans calcul, pas de loyers ni de chaleur. Sans chaleur ni revenus, pas d'agriculture accessible. C'est le modèle de 1962, posséder l'infrastructure et en redistribuer les fruits, appliqué à la ressource du vingt et unième siècle.

Souveraineté numérique et souveraineté de calcul

Depuis 2019, plus de 80 % de l'hébergement des données publiques est confié au privé. Santé, éducation, revenu, état civil, justice, SAAQ, tous les ministères sont hébergés en majorité chez des fournisseurs soumis à des lois étrangères qui permettent à leurs autorités d'y accéder sans tribunal canadien. Aucun contrat ne change cela. Seule la propriété de l'infrastructure, par une entité de droit québécois, le change. Le plan rend cet hébergement obligatoire dans un délai de trois ans.

La souveraineté de calcul est la capacité de traiter ces données nous-mêmes. Le plan donne 60 mégawatts possédés par la Société en phase 1 et 300 en 2050, facturés au coût de revient, environ 10 millions par mégawatt renouvellement compris, contre environ 13 millions au prix du marché.

L'énergie, pourquoi le nucléaire et pas l'éolien

Seule la phase 1, 400 mégawatts, est prélevée sur les blocs existants, dans la part du Plan d'action 2035 réservée à la croissance économique. Toute la croissance suivante est alimentée par une production nouvelle. D'abord l'efficacité énergétique et le rehaussement de centrales existantes, ensuite le stockage, enfin les petits réacteurs modulaires sur le site nucléaire existant de Gentilly. Aucun nouveau réservoir, aucune éolienne.

Une éolienne produit en moyenne le tiers du temps et rarement lors des pointes de froid sans vent. Un centre de données fonctionne 24 heures sur 24. Un petit réacteur modulaire de 300 mégawatts produit 90 % du temps, environ 2,4 térawattheures par année, sur quelques dizaines d'hectares. L'Ontario construit quatre BWRX-300 à Darlington, coût approuvé de 20,9 milliards, raccordement visé en 2030. Le plan reprend le coût ontarien sans supposer d'économie d'apprentissage.

Feuille de route et budget

Phase 1, 2027 à 2033, vingt milliards de dollars, une seule fois. Loi constitutive dans les cent premiers jours, Campus Sud à Bécancour, Campus Nord sur la Côte-Nord, 400 mégawatts en service en 2032, première unité nucléaire en chantier. Le budget couvre les deux campus (5,6 milliards), les puces publiques (2,4), la première unité nucléaire (7,0), l'efficacité énergétique et le stockage (1,1), le talent et la recherche (1,0), l'ingénierie et la formation (0,5), le réseau (0,4) et une contingence de dix pour cent (2,0).

Phases 2 et 3, 2034 à 2050, 1 000 puis 2 000 mégawatts d'infrastructure, réacteurs 2 à 8, troisième et quatrième campus, exportation de calcul vers le nord-est américain et l'Europe. Sur 25 ans, environ 107 milliards, dont vingt du budget de l'État, 28 de réacteurs chez Hydro-Québec remboursés par la vente d'électricité, et 26 de renouvellement des puces payé par les revenus.

Ce que ça rapporte

À maturité de la phase 1, la Société génère environ 1,2 milliard de revenus, 895 millions de flux d'exploitation et 415 millions après le renouvellement complet de ses puces. Dans le scénario pessimiste, loyer réduit d'un tiers et locataires à 70 %, le solde reste positif. À 2 000 mégawatts en 2050, le solde après renouvellement dépasse 2,1 milliards par année, l'équivalent du dividende actuel d'Hydro-Québec. S'ajoutent environ 179 millions par année évités par le secteur public et 150 millions d'hébergement rapatrié.

Environnement

Héberger 2 000 mégawatts au Québec, sur un réseau renouvelable à 99 %, plutôt que sur le réseau américain moyen évite de l'ordre de 5,8 millions de tonnes de CO2 par année. Chaque campus vise une efficacité énergétique inférieure à 1,15, un refroidissement en circuit fermé sans évaporation, une consommation d'eau nette proche de zéro et la récupération de sa chaleur. La loi impose la même norme à tout centre de données de plus de dix mégawatts au Québec, projets étrangers compris.

Gouvernance et projet de loi

Un conseil de onze membres, dont trois indépendants et un représentant des régions hôtes, un président-directeur général nommé pour cinq ans hors du cycle électoral, un plan décennal déposé à l'Assemblée nationale et un rapport annuel public. Infrastructure inaliénable sans un vote aux deux tiers. Au moins trente pour cent de la capacité réservée au secteur public, à la recherche et aux entreprises sous contrôle québécois. Hébergement souverain des données personnelles et sensibles dans les trois ans. Aucune participation étrangère dans la Société. Dissolution, privatisation ou fusion seulement par une loi adoptée aux deux tiers des voix.

Prochaines étapes

Valider avec Hydro-Québec la disponibilité des 400 mégawatts et le calendrier de raccordement. Obtenir du Conseil du trésor le montant exact des dépenses publiques en infonuagique et en calcul. Demander à Hydro-Québec de rendre publique son étude de 2023 sur Gentilly-2 et de lancer l'étude de faisabilité des réacteurs modulaires. Ouvrir la discussion avec Ottawa sur la stratégie de calcul souverain et le Fonds de croissance du Canada. Rédiger le projet de loi complet et le déposer dans les cent premiers jours d'un nouveau gouvernement.

Le document complet de 26 pages, avec la méthode, les hypothèses, les références et le glossaire, est disponible sur demande à jf@hotte.ai.