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# Un grand chantier national pour le Québec. La Société québécoise du calcul
- URL: https://hotte.ai/societe-quebecoise-du-calcul-grand-chantier-national/
- Published: 2026-09-11T20:00:00.000Z
- Updated: 2026-10-12T13:20:21.000Z
- Description: Le Québec a l'électricité la plus propre du continent, un hiver qui refroidit gratuitement et des chercheurs en IA que le monde entier recrute ici. Une société d'État du calcul, trois piliers, un fonds souverain, et un chantier de 25 ans au-dessus des partis.
- Author: JF Hotte
- Tags: Idées pour le Québec

Le Québec a l'électricité la plus propre du continent, un hiver qui refroidit gratuitement et des chercheurs en intelligence artificielle que le monde entier vient recruter ici. Et on n'est nulle part dans la plus grosse industrie qui se construit en ce moment sur la planète. Pire, on paie des loyers à Microsoft et Amazon pour héberger nos propres données.

Le plus gros problème économique du Québec, ce n'est pas l'absence d'idées, c'est l'absence de continuité. Depuis 2003, on a eu neuf ans de Jean Charest, dix-huit mois de Pauline Marois en gouvernement minoritaire, quatre ans de Philippe Couillard, puis huit ans de la CAQ. Chaque gouvernement a défait ou laissé mourir les orientations du précédent. Le Parti libéral a misé sur le Plan Nord et sur l'attraction d'investisseurs étrangers. La CAQ a misé sur les subventions, la filière batterie, les blocs d'électricité à rabais et une Hydro-Québec affaiblie, jusqu'au projet de loi 69 de Pierre Fitzgibbon qui ouvrait la porte à la vente privée d'électricité en réduisant le rôle de la Régie de l'énergie. Pendant ce temps, Ottawa tirait dans une autre direction. Stephen Harper, puis Justin Trudeau, et maintenant Mark Carney, ancien président du conseil de Brookfield, dont la conviction de financier est qu'on attire le capital privé, qu'on lui ouvre les grands projets et que la richesse ruisselle ensuite jusqu'à nous. Deux paliers, des visions qui se contredisent, et au bout de vingt ans, très peu de richesse collective créée. Aucune nouvelle société d'État d'envergure, aucun fonds ou actif stratégique de plus dans le patrimoine des Québécois, une dette qui augmente et des profits qui repartent ailleurs.

Voici un projet de société pour changer ça.

Ce projet ne demande pas la souveraineté du Québec. Il ne demande pas de choisir un camp. Hydro-Québec a été nationalisée par un gouvernement libéral, avec René Lévesque comme ministre, et personne, souverainiste ou fédéraliste, ne voudrait revenir en arrière. La Caisse de dépôt a été créée en 1965 par le gouvernement Lesage, sur un plan conçu par Jacques Parizeau. C'est ça, un projet nationaliste transpartisan, un chantier que chaque parti peut porter parce qu'il appartient aux Québécois et non à un programme partisan ou une idéologie. Il le doit, d'ailleurs, parce qu'un projet de 25 ans ne survit pas à une alternance s'il est l'affaire d'un seul parti.

C'est pour ça qu'il faut une loi constitutive protégée aux deux tiers de l'Assemblée nationale. Après vingt ans de visions qui s'annulent, il est temps d'essayer autre chose.

Un grand chantier national, possédé par le Québec, au-dessus des partis.

Trois piliers, un fonds souverain pour nos enfants et les générations futures.

Pour ceux qui me lisent pour la première fois, je suis entrepreneur et investisseur en technologie depuis près de 15 ans. J'ai participé à la construction d'un centre de données de A à Z, j'ai été fournisseur et consultant, ici comme à l'étranger. Je ne prétends pas tout savoir, mais j'ai vu de l'intérieur et à l’étranger ce que ça prend. J'ai passé assez de temps dans ces immenses bâtiments et dans cette industrie pour savoir ce qu'on laisse sur la table.

Je veux faire exactement le contraire de la CAQ et du Parti libéral de Jean Charest. Je veux retourner à l'école de René Lévesque, Jean Lesage et de Jacques Parizeau, celle d'un Québec assez ambitieux pour utiliser ses sociétés d'État, son capital, son énergie et son savoir-faire comme leviers de développement. Pas pour tout nationaliser. Pour être maîtres chez nous dans les secteurs stratégiques. Au lieu de multiplier les subventions aux entreprises privées et étrangères, une approche marquée par les échecs et les scandales mandat après mandat, on développe nos propres industries, avec nos talents, nos ressources, nos normes environnementales et notre territoire.

Au lieu d'attendre après les partis en pleine campagne, je le propose directement à la population. Ce texte est le résumé. Derrière, il y a un document de 29 pages avec tableaux, projections, feuille de route année par année, projet de loi et 44 références vérifiables, disponible sur demande.

La Société québécoise du calcul (SQC). À débattre, à améliorer, à peaufiner.

Les faits d'abord. Les 78 centres de données abonnés à Hydro-Québec consomment ensemble à peine 150 mégawatts (MW). Un seul campus au Texas, Stargate Abilene, est conçu pour 1 200 MW. Hydro-Québec n'est plus en surplus et elle a refusé 50 MW à un projet de Gatineau en juin 2025\. Pendant ce temps, nos gouvernements, fédéral et provinces confondus, louent leurs données et leur calcul à Microsoft et Amazon, plus de 1,5 G$ de contrats documentés. Quand ces contrats finissent, il ne reste rien. Ni bâtiment, ni serveur, ni expertise. Un non-sens total.

En février 2026, Hydro-Québec a enfin demandé à la Régie de l'énergie un tarif de 13 cents le kilowattheure pour les centres de données, le double du tarif de grande puissance, parce que c'est le coût marginal de sa nouvelle production. Autrement dit, l'électricité vendue à ces entreprises ne rapporte rien, elle couvre son coût. Un mégawatt en continu, environ 7 900 mégawattheures par année, se vend un peu plus de 1 M$ et coûte autant à produire. Le même mégawatt, dans un centre de données que nous possédons, ajoute environ 2 M$ de loyer par année par-dessus cette électricité. Et si on vend la puissance de calcul plutôt que l'espace, on parle d'un ordre de grandeur de 5 à 13 M$. Pendant ce temps, les autres grands industriels étrangers paient encore le tarif L, bien sous ce coût. Il est temps d'arrêter de brader notre or bleu et de posséder ce qu'il alimente.

Premier pilier, Hydro-Québec. Elle fournit les 400 MW de la phase 1 du projet dans une catégorie prioritaire créée par la loi, sans toucher à l'électricité destinée à la décarbonation d'ici 2035\. Ensuite, la Société québécoise du calcul (SQC) finance sa propre production. 3 400 MW d'ici 2050 par l'efficacité, le stockage, le rehaussement de centrales existantes et huit petits réacteurs modulaires à Gentilly ou ailleurs, le même réacteur que l'Ontario construit en ce moment à Darlington pour 20,9 G$. Pourquoi pas nous? Aucun nouveau barrage qui détruit des écosystèmes. Aucune nouvelle éolienne, qui abîme les paysages, produit le tiers du temps et rarement lors des pointes de froid sans vent. Un centre de données fonctionne 24 heures sur 24.

Deuxième pilier, la nouvelle société d’État. Une société d'État détenue par Hydro-Québec, la Caisse de dépôt et Investissement Québec. Deux campus de 200 MW, un à Bécancour, un sur la Côte-Nord près des centrales de la Manic. L'État possède l'infrastructure et l'exploite avec ses propres ingénieurs, de la sous-station au serveur. La ventilation, les transformateurs, le racking, l'interconnexion, on apprend en le faisant. Une société d'État sérieuse comprend chaque couche de ses installations, elle ne loue pas des bâtiments à des gens qui savent pendant que nous, on ne gère et sait rien sur le fonctionnement. On garde environ 60 MW de puces pour les données de tous les ministères et pour la recherche universitaire. Le reste est loué à des partenaires qui apportent leurs puces de dernière génération, installées avec nos équipes, à nos tarifs, avec nos emplois, et une part de leur capacité réservée à la recherche publique. 30 % de la capacité est réservée par la loi au gouvernement, aux hôpitaux, aux universités et aux entreprises québécoises, au coût de revient. Nos données de santé, d'éducation, de revenu et de justice sont hébergées au Québec, par nous, chez nous, hors de portée des sociétés étrangères et de Pierre Fitzgibbon. C'est le modèle Hydro-Québec appliqué au calcul.

Troisième pilier, Agriculture Québec. Un centre de données transforme presque toute son électricité en chaleur. Un campus de 200 MW en rejette 200 en continu, 1,6 térawattheure par année. Ailleurs, elle se perd dans l'air. À Saint-Félicien, les Serres Toundra chauffent en partie 19 hectares de serres avec les rejets de l'usine Résolu et nourrissent leurs plants avec son CO2\. Le modèle existe, il est québécois. Chaque campus réserve des terrains adjacents pour des serres raccordées à sa chaleur, avec du CO2 capté des industries voisines, comme à Bécancour où c'est déjà à l'étude, ou par captage direct dans l'air, que Deep Sky teste déjà. Ces serres vendent au coût de revient. Les ménages à faible revenu y ont accès par un crédit alimentaire remboursable, dans un réseau d'épiceries publiques financé par une part des dividendes de la SQC. La chaleur du calcul chauffe la laitue, les épinards et les tomates, et le revenu du calcul les met sur la table au prix coûtant. La même chaleur trouve preneur chez nos grandes industries, par exemple, Nouveau Monde Graphite et Nemaska Lithium à Bécancour, l'usine de bouletage d'ArcelorMittal à Port-Cartier, les scieries de la Côte-Nord comme Boisaco. Chaque campus devient le point chaud d'un parc industriel et pôle de savoir.

Le budget de la phase 1, 20 G$ sur 2027-2033\. Deux campus, 5,6 G$. Puces publiques, 2,4 G$. Première unité nucléaire, 7 G$, calquée sur le coût réel de l'Ontario. Efficacité et stockage, 1,1 G$. Talent et recherche, 1 G$. Ingénierie et formation, 0,5 G$. Réseau, 0,4 G$. Contingence, 2 G$. Année par année, la loi et les terrains en 2027, le chantier de Bécancour en 2028, les premières salles en 2029, les données publiques rapatriées en 2030, la Côte-Nord et le chantier nucléaire en 2031, 400 MW en service en 2032, et rien qui dépend du nucléaire avant 2038\. Le temps de bien faire les choses. Pas des coquilles électrifiées qui emploient dix personnes, des pôles de recherche et d'emplois de qualité en IA, en énergie, en nucléaire et en innovation agricole.

Ce que ça rapporte, avec des hypothèses prudentes, loyer sous le tarif de marché, puces renouvelées tous les cinq ans, économies du gouvernement non comptées. À 400 MW, environ 1,2 G$ de revenus par année et 415 M$ qui restent une fois les puces renouvelées. À 1 000 MW, environ 1 G$ net. À 2 000 MW en 2050, plus de 2 G$ nets par année, l'équivalent du dividende qu'Hydro-Québec verse aujourd'hui au gouvernement. Mais ça s’arrête pas là. S'y ajoutent près de 1 G$ d'électricité vendue par Hydro-Québec à un client ferme et près de 1 G$ d'économies pour le secteur public, qui paie son calcul au coût de revient plutôt qu'au prix américain. Ces dividendes vont à un Fonds des générations, comme la Norvège verse ses revenus pétroliers dans son fonds souverain depuis 1996\. Le pétrole de la Norvège s'épuise. Notre électricité, elle augmente.

Sur 25 ans, environ 107 G$ tout compris, pour 20 G$ du budget de l'État au départ. 28 G$ de réacteurs chez Hydro-Québec, remboursés par la vente d'électricité comme n'importe quelle centrale. 26 G$ de renouvellement des puces, payés par les revenus. Le reste, l'expansion, financée par les flux, les locataires, les actionnaires et de la dette adossée aux baux. Le Plan d'action 2035 d'Hydro-Québec coûte à lui seul plus de 150 G$ sur dix ans. Et je ne crois pas malheureusement que ce soit le bon plan.

Vous n'êtes pas tannés de voir la Caisse de dépôt investir des milliards à l'étranger? Au premier semestre 2026, elle a rendu 5,1 % contre 7,5 % pour son indice de référence, sous son indice aussi sur cinq et dix ans, avec des placements privés à moins 4,3 %. On s'éloigne de la vision de Jacques Parizeau. La Caisse et Investissement Québec doivent redevenir des leviers pour bâtir nos entreprises, nos infrastructures et nos emplois.

Un projet comme celui-là ne peut pas dépendre d'un gouvernement ni d'un cycle électoral. Il faut une loi constitutive. Infrastructure inaliénable, données publiques hébergées au Québec, exploitation par le personnel de la SQC, 30 % au coût de revient, dividendes au Fonds des générations, dissolution seulement aux deux tiers de l'Assemblée nationale.

« N'ayez pas peur. » C'est ce que le Québec a fait avec l'électricité en 1962, et personne ne voudrait revenir en arrière. La différence, c'est qu'en 1962 nous avions le temps.

« N'ayez pas peur. N'ayez pas peur de vos rêves. N'ayez pas peur de construire une société qui soit à l'image de vos ambitions. »

*Jacques Parizeau*

Le document complet du projet est publié sur ce site. [Lire la proposition complète](https://hotte.ai/societe-quebecoise-du-calcul/).

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