24 septembre 2026 · Facebook

Réponse à Paul St-Pierre Plamondon

Aucun chef ne maîtrisait le dossier de l'intelligence artificielle aux débats, et le Québec n'est pas un pôle majeur en IA. Où vont les capitaux mondiaux depuis cinq ans, ce que ça change pour notre économie et ce qu'un gouvernement devrait faire.

Réponse à Paul St-Pierre Plamondon

Aux différents débats, aucun chef ne maîtrisait le dossier de l'intelligence artificielle, et ça paraissait. Certains ont répété qu'on avait du talent ici. Hier, le chef du PQ est allé plus loin en affirmant que le Québec était un pôle majeur en IA. C'est absolument faux.

Ça m'inquiète. Depuis cinq ans, les capitaux mondiaux s'hyperconcentrent dans ce secteur, et nos chefs n'ont jamais débattu en profondeur des bouleversements économiques qui s'en viennent. Christine Fréchette a parlé d'adapter les entreprises pour utiliser l'IA. C'est tout. Aucun grand investissement, aucun grand projet pour développer nos technologies et nos centres de données. Ce parti de boomers a manqué le bateau.

Dans les dernières heures, le Parti québécois a publié sur Facebook qu'il s'engageait à créer un comité d'experts et d'encadrement sur l'intelligence artificielle. Dans cette publication, il reprend sa ligne de communication du débat, que le Québec est un pôle important du développement de l'IA et qu'il dispose de l'un des écosystèmes les plus avancés au monde.

Comme preuve, il nomme Mila, IVADO et Obvia, qu'il présente comme des autorités internationales en matière de réflexion sur l'IA, et il annonce qu'un gouvernement péquiste les mettra à contribution pour comprendre les changements sociaux et en mesurer les conséquences. Le PQ répète aussi qu'il a une experte en la matière, Anne Nguyen. Tant mieux. Ce n'est pas assez. Il devrait y avoir au moins 10 députés qui maîtrisent cette technologie à travers nos 127 circonscriptions. Un comité pour réfléchir, avec des organisations à but non lucratif qui réfléchissent. C'est ça, la proposition québécoise. On est bons là-dedans, pousser des crayons et procrastiner. Regardons ce que ces organisations font vraiment.

Mila est un organisme sans but lucratif fondé par Yoshua Bengio, notre fierté québécoise, qui a même posé une question enregistrée au débat d'hier. Mila est rattaché à l'Université de Montréal et à McGill. Cet organisme vit de subventions. Québec y a mis 80 millions sur cinq ans en 2018, puis 36 millions. Ottawa finance par la Stratégie pancanadienne en IA. En gros, cet organisme forme des étudiants qui vont travailler à l'étranger et publie des papiers sur les risques de l'IA.

LawZero, le deuxième projet de Bengio lancé en juin 2025, est aussi un organisme sans but lucratif. Une cinquantaine d'employés, 30 millions US de dons philanthropiques, et la semaine dernière une promesse de 300 millions du Canada et de l'Allemagne. Sa mission, c'est une IA « sûre par conception » qui ne prend pas de décisions. De la recherche en sécurité et en balises. Ralentir.

IVADO est un institut de l'Université de Montréal, de Polytechnique et de HEC. Il reçoit des enveloppes fédérales et les redistribue à des professeurs. Sa plus grosse subvention, 124 millions d'Apogée Canada, sert à embaucher 48 profs sur cinq ans qui vont former des étudiants qui quittent souvent travailler à l’étranger.

Obvia est un observatoire créé en 2019 par le gouvernement du Québec et financé par les Fonds de recherche du Québec, 15 millions sur cinq ans. Environ 290 chercheurs, surtout en sciences humaines et sociales, qui étudient les impacts sociétaux de l'IA.

Bref, très peu de développement économique et de création d’emplois pour le Québec.

Pendant ce temps, Ian Goodfellow, l'inventeur des GAN, a fait son doctorat à l'Université de Montréal sous Bengio, puis est parti chez Google, OpenAI, Apple et DeepMind vendre son savoir. Joelle Pineau, de McGill et Mila, a dirigé la recherche de Meta depuis Montréal pendant huit ans, pour une entreprise américaine. Xavier Glorot, doctorant de Bengio, est rendu chez DeepMind à Londres. Les chefs de partis ne sont probablement même pas au courant de ça.

Statistique Canada l'a mesuré en juillet 2025. Les diplômés en informatique, les docteurs et les diplômés de McGill et de l'Université de Montréal sont ceux qui restent le moins au Canada. En 2018, l'Université Brock avait trouvé que 66 % des diplômés en génie logiciel de nos meilleures universités partaient aux États-Unis. On les forme, ils vont ensuite chez Google, OpenAI et Anthropic. On repassera pour le pôle important.

Et si vous ne comprenez pas ce qui se passe aux États-Unis, regardez comment les entreprises se battent pour les talents. En 2025, Meta a offert des primes à l'embauche de plus de 100 millions US à des chercheurs d'OpenAI pour bâtir son laboratoire de superintelligence, et a payé 14,3 milliards US pour une participation dans Scale AI, essentiellement pour mettre la main sur son fondateur Alexandr Wang. Google a payé 2,4 milliards US pour recruter l'équipe de Windsurf et licencier sa technologie. Microsoft avait fait la même chose en 2024 avec Inflection, 650 millions US pour embaucher Mustafa Suleyman et son équipe.

Nous, nos meilleurs talents, on les perd gratuitement parce qu'on est dirigés par des caves. Je ne mâcherai plus mes mots. On paie les études de nos chercheurs québécois, on finance leur recherche avec nos subventions, puis ils se font embaucher aux États-Unis et paient leurs impôts là-bas.

Les entreprises américaines prennent nos talents et notre recherche pour presque rien. Ce sont elles qui commercialisent les produits sortis de nos cerveaux, les ventes se font à l'étranger, les profits restent à l'étranger. Nous, on a payé la facture au complet : bourses étudiantes, subventions. Les géants américains ramassent des milliards sur plusieurs années avec ce qu'on leur a donné sur un plateau d’argent.

Rappelez-vous le moteur-roue de Pierre Couture, inventé à l'Institut de recherche d'Hydro-Québec en 1994, puis tabletté au lieu de le commercialiser. La technologie est devenue TM4. En 2018, Hydro-Québec en a vendu 55 % à l'américaine Dana pour 165 millions, a réinjecté plus de 200 millions pour ne pas être diluée, puis a vendu le reste en 2024. On a mis plus d'argent qu'on en a sorti, encore, et Dana TM4 vend aujourd'hui nos moteurs dans 33 pays.

Même histoire, encore plus catastrophique, avec la batterie au phosphate de fer lithié de Michel Armand et Karim Zaghib. Hydro-Québec a cédé les licences en exclusivité à l'allemande Süd-Chemie, passée ensuite à la suisse Clariant, puis les a ouvertes à l'Asie en 2011 contre des avances de 10 millions par brevet. Les brevets clés ont expiré autour de 2020, juste avant que le LFP devienne la chimie dominante des véhicules électriques, un marché de dizaines de milliards par année contrôlé par CATL et BYD. Hydro-Québec n'a jamais divulgué ses redevances pour cacher le malaise.

Pendant ce temps, on a des doomers subventionnés au Québec qui crient sur tous les toits qu'il faut réglementer, qu'il faut ralentir, et qui sont aussi consultants pour ces mêmes sociétés privées. La population pense que les centres de données, c'est le diable, alors qu'on a déjà des industries bien plus polluantes ici. Il y a des risques, oui. Mais être aussi en retard, sans vision, sans entreprises privées, ça n'a aucun sens. On se fait manger la laine sur le dos. La population crève de faim, mais honorablement, en file aux banques alimentaires, en respectant nos valeurs.

Les médias démonisent les centres de données. Pourtant, pour héberger nos données, faire tourner notre recherche universitaire et donner de la puissance de calcul à nos entreprises, on parle de trois ou quatre centres de 100 à 150 mégawatts dans le nord du Québec, 400 à 500 mégawatts au total, en circuit fermé, avec très peu d'eau. Hydro-Québec a une puissance installée d'environ 37 000 mégawatts. On parle d'un peu plus de 1 %. On imite le modèle d'Hydro-Québec. On produit pour notre propre consommation avec une électricité propre et le surplus de calcul, on le vend en infonuagique. Cette puissance-là rapporte bien plus que l'électricité elle-même.

Pendant ce temps, nos alumineries tirent autour de 5 000 mégawatts en continu, dix fois plus que ces éventuels centres, et nos usines de pâtes et papiers pompent des milliards de litres d'eau par année. Nos 350 terrains de golf arrosent plus que ce que ces centres consommeraient. Dans la vision étroite de bien du monde, ces industries-là peuvent polluer, être dix fois plus énergivores et rapporter moins que la puissance de calcul, et personne ne s'en émeut. À quel point on est arriérés économiquement au Québec?

Au Canada, les entreprises d'IA ont levé seulement 11 milliards US en dix ans, dont 2,4 milliards en 2025. Cohere, à Toronto, est la seule de calibre mondial. Environ 1,6 milliard US levé, 240 millions US de revenus en 2025, et Ottawa y a mis 240 millions.

Au Québec, c'est mince. Coveo fait environ 135 millions US de revenus par année en recherche et recommandations par IA. C'est la seule entreprise québécoise d'IA qui fait des revenus considérables. Des centaines de millions en subventions à l’écosystème de Bengio et aux étudiants, et on récolte des miettes parce qu’on a aucune stimulation en innovation et création d’entreprises.

Element AI, cofondée en 2016 par Yoshua Bengio et Jean-François Gagné, devait être notre fleuron en intelligence artificielle. Environ 340 millions CA levés en 2017 et 2019, avec la Caisse de dépôt, Investissement Québec, BDC Capital, McKinsey et des fonds étrangers. Quatre cents employés au sommet. Mais l'entreprise n'a jamais trouvé son modèle d'affaires. Elle vendait de la recherche sur mesure, projet par projet, sans produit ni revenus récurrents, et elle brûlait son capital. Deux cents employés au début de 2020, et la Caisse admettait que la seule issue était de trouver un acheteur.

Vendue en novembre 2020 à la californienne ServiceNow pour environ 230 millions US selon les états financiers de l'acheteur, moins que ce qu'elle avait levé. Bye bye juste avant la profitabilité. Le ministre Fitzgibbon avait dit que le gouvernement récupérerait sa mise, rien de plus. Les brevets, les données, les modèles et l'équipe sont partis à Santa Clara, et les profits avec. Bengio est devenu conseiller de la californienne ServiceNow, son cachet est privé.

Louis Têtu, fondateur de Coveo, s'est dit scandalisé qu'on vende un bloc de talents et de propriété intellectuelle stratégique pour aussi peu d’argent. Il avait raison. On a bâti un centre de développement avec notre argent et on l'a livré à une entreprise américaine qui vaut plus de 100 milliards pour des peanuts.

Stradigi AI, à Montréal, a elle aussi été absorbée par l'américaine WorkFusion. Le reste, ce sont des firmes de services, des startups en démarrage et des laboratoires de Google, Meta et Microsoft installés ici pour cueillir nos diplômés à la sortie de l'université. Nos entreprises d'IA, on les vend avant qu'elles fassent de l'argent.

Yoshua Bengio? Professeur titulaire à l'Université de Montréal. Titulaire d'une chaire en IA Canada-CIFAR, un programme fédéral. Fondateur et conseiller scientifique de Mila, coprésident et directeur scientifique de LawZero, deux organismes sans but lucratif où ses salaires sont financés par Québec, Ottawa et des fondations américaines. Conseiller de ServiceNow, dont il était cofondateur et actionnaire par l’acquisition de ElementAI. Conseiller scientifique de Recursion Pharmaceuticals, une biotech américaine cotée en bourse. L'homme qui alerte sur les dangers de l'IA commerciale est payé par deux grandes entreprise américaines et est probablement actionnaire de celles-ci, payé aussi par l'État, par des fondations. Et ses étudiants et chercheurs quittent majoritairement aux États-Unis ou à l’étranger une fois leurs études terminées. C’est ça notre vision québécoise de l’IA?

C'est tu ça, mourir dans la dignité?

Les chiffres du Stanford AI Index 2026. Investissement privé en IA en 2025.

États-Unis, 285,9 milliards US.

Chine, 12,4 milliards.

Royaume-Uni, 5,9 milliards.

Canada, environ 3 milliards, et la majorité de ça est à Toronto.

Québec, moins de 1 milliard.

Modèles notables lancés en 2025.

États-Unis, 50.

Chine, 30.

Corée du Sud, 5.

Royaume-Uni, 1.

France, 1.

Canada, 1.

Québec, 0.

Nouvelles petites entreprises d'IA financées en 2024, plus de 1,5 million US chacune.

États-Unis, 1 073.

Royaume-Uni, 116.

Chine, 98.

Inde, 74.

Allemagne, 67.

France, 59.

Corée du Sud, 52.

Canada, 51.

Québec, 12.

Licornes en IA, entreprises privées valant plus d'un milliard US, indice Hurun 2026.

Monde, 215.

États-Unis, 132.

Chine, 47.

Royaume-Uni, 9.

Canada, 5, toutes à Toronto.

Allemagne, 4.

Québec, 0.

Dans l'indice Global AI Vibrancy de Stanford, qui combine recherche, investissements privés et publics, brevets et politiques, le Canada ne figure même pas dans les dix premiers. Imaginez le classement du Québec.

Alors non, cher Paul, le Québec n'est pas un pôle important de l'IA. On est un bon département universitaire qui exporte ses finissants gratuitement, donne ses idées à l'étranger comme de bons colonisés et se fait surtout connaître pour ses papiers sur les dangers de l'IA.

René Lévesque, comme ministre des Ressources naturelles, a passé deux ans à faire le tour du Québec pour expliquer pourquoi il fallait nationaliser l'électricité, il maitrisait son dossier sur le bout de ses doigts. En 1962, Lesage déclenche une élection sur cette seule question. Maîtres chez nous. Le 1er mai 1963, Hydro-Québec rachète les compagnies pour 604 millions.

C'est Jacques Parizeau qui monte le financement. Il part à New York avec les banquiers et revient avec 300 millions US d'obligations, une somme que le Québec n'avait jamais empruntée. Ces deux-là comprenaient la technologie, l'ingénierie, le financement, et ils étaient capables de l'expliquer à n'importe qui. Ils avaient fait leurs devoirs, parce que c'était ça, bâtir un pays.

Aujourd'hui, nos chefs ne comprennent pas le monde dans lequel on s'en va. Quand on lui parle d'IA, Paul St-Pierre Plamondon évite le sujet et répond qu'il a une candidate dans son équipe qui connaît ça. C'est tout. C'est la réponse du chef qui veut faire un pays. Dans quel foutoir on est rendus.

Moi, j'en ai plein mon cul. Tous les partis veulent remanier les finances publiques, augmenter les services, baisser les impôts. Mais ce sont des incompétents pour créer de la richesse. Et ça, depuis plus de trente ans. On est un peuple qui ne sait pas profiter de ses ressources naturelles, de son savoir et de ses talents. On forme, on invente, on subventionne, et ce sont les autres qui encaissent. Et quand on a des hommes d'affaires au pouvoir, on a de la corruption et de la collusion, au lieu qu'on en profite enfin comme peuple et qu’on prospère.

On a l'électricité la moins chère du continent et on a plafonné les blocs d'énergie pour les centres de données au lieu d'en faire une industrie. Pendant ce temps là on donne des blocs à rabais aux lobbies américains. On a raté l'occasion de bâtir des entreprises, des vrais centres de calcul en santé et en recherche. Économiquement parlant, si on oublie la recherche publique et universitaire, le Québec ne serait même pas dans le top 60 en IA s'il était un pays.

En 1981, un Québécois produisait 14 % de moins qu'un Américain. En 2022, c’est rendu 55 % de moins, selon le ministère des Finances du Québec. Quarante ans à regarder les autres s'enrichir pendant qu'on se félicite de notre modèle. Et depuis 2022, ça recule. Le PIB par habitant du Québec a baissé de 0,8 % en 2023 et de 1 % en 2024, pendant que celui des Américains montait de 3 %. Chaque année qu'on perd, c'est un hôpital de moins, une école de moins. Avec des gouvernements compétents, les objectifs d'équilibre budgétaire ne seraient pas dans cinq ans. On aurait déjà de la prospérité et de la croissance économique. Plusieurs pays vivent un boom économique en technologie présentement.

Vous avez beau vouloir les plus beaux programmes sociaux, l'épicerie publique et les plus belles intentions du monde, si on ne recommence pas dès maintenant à créer de la richesse au Québec, on ne tiendra pas longtemps comme ça.

Claude Péloquin disait « Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves? C'est assez! ». Pierre Falardeau disait « Le bateau coule et des passagers veulent discuter de l'aménagement intérieur de la chaloupe. Ramons, câlice! ». Parizeau disait, n’ayez pas peurs. Falardeau voulait qu'on prospère comme nation. Pas qu'on reste «un peuple de colonisés, assis dans des bungalows en gyproc, à manger de la soupe aux pois.»

Avec le choc démographique à l'horizon, le ralentissement économique, je vous le dis. Si le Québec ne change pas de mentalité et de cap maintenant, si on manque cette opportunité de créer de la richesse et de développer ici, les chocs fiscaux, les récessions et l'austérité vont suivre. Un peuple sans croissance économique, avec une économie aussi peu diversifiée et en manque de modernité, ne survivra pas avec autant de services à la population et un système de santé qui coûte aussi cher. Ce n’est pas soutenable.

Ramons, câlice!

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