25 août 2026 · Facebook

Où sont les idées? Des grands chantiers pour le Québec

Une pré-campagne sans grands chantiers, sans vision à long terme ni projet de société. Des idées concrètes pour l'économie du Québec, du calcul et de l'énergie aux institutions.

Où sont les idées? Des grands chantiers pour le Québec

C'est moi ou on entend très peu d'idées dans cette pré-campagne électorale?

Où sont les idées pour des grands chantiers économiques? Une vision à long terme? Un projet de société? Pour le moment, il y a l'annonce des candidats et les slogans des différents partis, mais on propose très peu.

Tout ce qu'on entend présentement, c'est du remaniement de finances publiques, des baisses ou des hausses de taxes et d'impôts. On ressort la vieille cassette du troisième lien et des seuils d'immigration. Bon sang que ça manque d'audace et de courage.

C'est la nouvelle façon de faire de la politique. Une campagne d'image et de relations publiques au lieu d'une campagne d'idées. On ne présente plus de vision complexe, articulée sur dix ou vingt ans pour les Québécois. On présente des produits marketing congelés et réchauffés au micro-ondes.

Ça, ça fait gagner des élections. Mais c'est ça qui fait perdre les Québécois. On gagne le pouvoir avec des relations publiques, pendant que nos finances publiques, notre productivité, notre économie et notre qualité de vie collective se retrouvent lésées par un manque de vision et un manque d'idées.

J'ai quand même fait l'exercice. Voici ce que chaque chef propose concrètement en ce moment.

Christine Fréchette, Coalition avenir Québec, slogan Avançons.

Troisième lien routier en partenariat public-privé, 21 propositions d'entreprises reçues. Critères québécois dans les appels d'offres. Alcool américain retiré de la SAQ. Aucun engagement de baisse d'impôt des particuliers, ce qui rompt avec la promesse de Legault. Baisse du taux des PME de 3,2 % à 2,2 %. Remboursement de la taxe de bienvenue aux premiers acheteurs. Retour du Programme de l'expérience québécoise pour deux ans, ce qui ouvrirait la porte à environ 125 000 personnes.

Paul St-Pierre Plamondon, Parti québécois, slogan Le choix de la confiance.

Aucun référendum tant que Trump sera au pouvoir, consultation reportée à 2029 ou 2030. Abolition de Santé Québec, avec des économies évaluées à au moins 40 millions par année, réinvesties dans les CLSC et les chirurgies, sans qu'un plan de transition sérieux ait été présenté. Abolition du Fonds de développement économique. Troisième lien réservé au transport collectif. Passe mobilité à 95 $ par mois. Plan environnement promettant 3 000 à 4 000 $ d'économies annuelles par ménage.

Éric Duhaime, Parti conservateur du Québec, slogan Oser pour vrai.

La plus importante baisse d'impôt et de taxes de l'histoire du Québec, non chiffrée. Coupes de 47 milliards et 20 000 postes de fonctionnaires en cinq ans. Abolition de Santé Québec et du Fonds d'électrification. Privé en santé, avec traitement payé ailleurs si le délai public est déraisonnable. Dix-sept tables régionales. Virage autonomiste avec constitution et hymne national. Mesures natalistes dès la naissance d'un premier enfant.

Charles Milliard, Parti libéral du Québec, slogan Rassembler, Réparer, Bâtir.

Cinq priorités: économie, services publics, logement, régions, culture. Cible de 100 000 mises en chantier par année, contre 59 864 en 2025. États généraux sur l'éducation. Plateforme publique de télémédecine sept jours sur sept. Soins à domicile et santé mentale. Réduction du fardeau fiscal des PME. Approche économique tournée vers des alliances avec les autres provinces et Ottawa.

Ruba Ghazal et Sol Zanetti, Québec solidaire, slogan C'est possible.

Taxe de 1 % sur les fortunes de plus de 25 millions, évaluée par le parti à 5 milliards par année. Salaire minimum à 20 $. Cinquante mille logements sociaux et gel des loyers à l'inflation. Réseau d'épiceries publiques. Réseau scolaire commun. Fin des pipelines. Réforme du mode de scrutin et assemblée constituante.

Il n'y a pas que du mauvais, il y a matière à débat, mais c'est du réchauffé.

Maintenant, voici quelques idées pour le Québec que je mettrais sur la table si je m'amusais à devenir aspirant premier ministre. Ce que j'aimerais entendre dans les médias et dans les débats, au lieu des chicanes, des accusations et des campagnes de relations publiques.

Voici trente idées pour le Québec, en six regroupements thématiques.

ÉNERGIE, RESSOURCES ET SOUVERAINETÉ ÉCONOMIQUE

1. Un fonds souverain à la norvégienne, alimenté par les redevances sur nos ressources et notre énergie, pour enrichir les générations futures au lieu de tout gaspiller aujourd'hui dans nos dépenses publiques trop élevées.

2. Vendre le calcul nous-mêmes. Une société d'État en parallèle à Hydro-Québec, propriétaire de ses centres de données. Le calcul infonuagique vendu se révèle beaucoup plus rentable que l'électricité vendue à rabais aux Américains. Ce serait la vache à lait de notre fonds souverain.

3. Une flotte de petits réacteurs modulaires construits en série près des centres de données, des mines et des pôles industriels, pour une énergie constante, propre et indépendante de la météo. Loin des résidences.

4. Développer la biomasse forestière. On a la forêt, on a les résidus, on a le savoir-faire. On laisse dormir une filière complète pendant que d'autres la bâtissent à notre place. Il faut investir davantage pour en faire une véritable filière d'énergie propre.

5. Doubler les redevances minières et énergétiques. La Norvège l'a fait avec son pétrole sans faire fuir personne. Nous, on vend nos minéraux critiques et nos terres rares à rabais. Arrêtons d'avoir peur.

6. Électricité à prix préférentiel réservée aux entreprises qui respectent nos normes environnementales, investissent dans le réseau d'Hydro-Québec et créent des emplois ici. Pas des coquilles vides.

AGRICULTURE ET SÉCURITÉ ALIMENTAIRE

7. Agriculture Québec. Une société d'État pour développer des serres quatre saisons avec nos agriculteurs, augmenter la production de fruits, de légumes et de protéines, et assurer une vraie sécurité alimentaire.

8. Économie circulaire obligatoire. Tout centre de données qui s'installe ici récupère sa chaleur pour chauffer des serres ou des bâtiments industriels, au lieu de la perdre dans l'air.

9. Protéger nos terres agricoles de la spéculation, comme la Suisse le fait depuis des décennies, et encadrer strictement l'achat de terres par les fonds d'investissement.

10. Le modèle Pangea, fondé par Charles Sirois, cofondateur de la CAQ, avec la Caisse et le Fonds FTQ comme commanditaires, fait grimper le prix des terres et bloque l'accès à la relève. On n'en veut plus.

11. Démanteler le cartel des épiceries avec un plafond de parts de marché et un appui réel aux coopératives alimentaires. Trois bannières décident du prix du panier d'épicerie. L'idée de QS va en ce sens. Je propose depuis plus de dix ans un modèle à la Lufa, piloté par Agriculture Québec, pour bonifier l'offre alimentaire des plus démunis et des enfants tout en aidant nos agriculteurs, et pour réduire nos achats aux États-Unis et au Mexique.

ÉCONOMIE, PME ET FISCALITÉ

12. Arrêter de donner des milliards aux grandes entreprises sans retombées claires. Rediriger cet argent vers les PME, l'innovation, les régions, l'économie locale et la culture.

13. Crédit d'impôt à la recherche conditionnel à la production au Québec. Fini les brevets qu'on finance avec nos impôts et qui s'envolent ailleurs en santé et en ingénierie.

14. Attaque frontale contre les paradis fiscaux et le travail au noir. Des milliards nous échappent chaque année pendant qu'on coupe dans les services.

15. Un effort raisonnable demandé aux plus fortunés, avec modération, sans nuire à notre compétitivité. Le problème, ce n'est pas seulement combien on taxe, c'est où va l'argent.

16. Réformer la construction. Plus d'inspections, de vraies enquêtes, de la transparence. La collusion et le travail au noir font exploser le coût de tout ce qu'on bâtit.

17. Une société d'État de construction pour le logement public, comme après la guerre. Ça s'est déjà fait ici, et le besoin est urgent.

MONOPOLES, ÉTAT ET NUMÉRIQUE

18. Pharma Québec. Produire nos propres génériques, investir en biotechnologie et en recherche. On paie nos médicaments plus cher que presque partout au monde.

19. Ouvrir les télécoms pour vrai, en séparant les infrastructures des fournisseurs comme la Nouvelle-Zélande l'a fait avec Chorus. On paie parmi les forfaits les plus chers de la planète.

20. Souveraineté numérique. Les données de santé et d'éducation des Québécois hébergées ici, sur nos serveurs, dans nos centres de données. Pas chez Amazon ni Microsoft.

21. Un État simple. Portail citoyen unique, fin des fax et des dédoublements, intelligence artificielle déployée pour alléger la bureaucratie. La machine s'adapte au citoyen, pas l'inverse.

POPULATION, IMMIGRATION ET SANTÉ

22. Faire de la prévention le cœur du système, comme en Norvège. Dépistage, suivi régulier, alimentation, activité physique prescrite. On n'attend pas que les gens soient malades pour les voir.

23. On a besoin de l'immigration pour pallier le choc démographique. Francisation rapide, reconnaissance immédiate des diplômes, plus de logements et de places en garderie pour rendre l'accueil possible. Le problème n'a jamais été le nombre, c'est notre incapacité à intégrer.

24. Une première ligne à la norvégienne. Chaque citoyen rattaché à un médecin traitant, avec capitation, gestion municipale et dossier numérique accessible aux patients comme aux soignants.

25. Rééquilibrer la rémunération médicale. Nos spécialistes sont payés de façon disproportionnée par rapport aux infirmières, aux médecins de famille et à leurs collègues européens.

26. Un système de santé hybride à l'européenne. Ouvrir le privé pour désengorger, en protégeant fermement l'universalité du public. Télésanté massive et paperasse automatisée: les médecins doivent faire de la médecine.

ÉDUCATION, JEUNESSE ET DÉMOCRATIE

27. Deux périodes d'activité physique par jour à l'école, du plein air, de la nature, l'hiver utilisé comme une force. La Norvège a bâti son système là-dessus et son décrochage est bien plus bas que le nôtre. Ça garde nos enfants sur les bancs d'école plus longtemps.

28. Gratuité scolaire du primaire à l'université, comme en Norvège, pour donner un accès réel à tous et hausser notre taux de diplomation. C'est urgent, les emplois de demain sont en science, mathématiques, informatique, automatisation, intelligence artificielle et santé.

29. Revoir la structure salariale des éducatrices, des infirmières et des enseignantes. Elles passent plus de temps avec nos enfants que nous et gagnent moins que bien des hommes.

30. Redonner la balance du pouvoir au peuple. Proportionnelle mixte, référendums d'initiative populaire à seuil raisonnable, assemblées citoyennes tirées au sort, registre des lobbyistes avec des dents, plus de pouvoir au commissaire à l'éthique et au peuple face à la corruption.

Ce qui me frappe en relisant les propositions des cinq chefs, ce n'est pas qu'elles soient mauvaises. Plusieurs sont défendables. C'est qu'elles manquent de courage et de vision à long terme. On a besoin d'une révolution et d'investissements massifs. Sinon, notre économie va se faire frapper de plein fouet avec nos retards en technologie.

On parle très peu d'un grand projet de société économique et de productivité. Aucun politicien ne mentionne que notre économie est peu diversifiée et repose dangereusement sur l'immobilier, la construction et sur la dette des ménages. Personne ne parle du choc de l'intelligence artificielle sur les emplois québécois. Ça m'inquiète.

J'espère qu'on va entendre plus d'idées, plus de projets et plus de vision d'ici le débat des chefs.

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