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# L'eau du Québec appartient déjà aux Québécois
- URL: https://hotte.ai/leau-du-quebec-appartient-aux-quebecois/
- Published: 2026-08-23T16:00:00.000Z
- Updated: 2026-10-12T03:07:37.000Z
- Description: L'eau de surface et souterraine fait déjà partie du patrimoine commun de la nation québécoise, par une loi adoptée à l'unanimité en 2009. Ce que la loi dit vraiment, les recours qu'elle donne à l'État et ce qu'il reste à faire pour nos ressources.
- Author: JF Hotte
- Tags: Facebook

Personne ne possède l'eau au Québec. La Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau est limpide. L'eau, de surface ou souterraine, fait partie du patrimoine commun de la nation québécoise et l'État en est le gardien. Elle ne peut être appropriée par personne. Le projet de loi 27 a été présenté le 18 mars 2009 par Line Beauchamp, ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, sous le gouvernement libéral de Jean Charest, et adopté à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 11 juin 2009.

La loi ne fait pas juste déclarer le principe, elle donne des dents au gouvernement. Elle crée un recours civil qui permet au procureur général de poursuivre quiconque cause un dommage aux ressources en eau, au nom de la collectivité, et d'exiger la remise en état ou une indemnité. C'est un régime de responsabilité sans faute. Même en respectant ses permis à la lettre, un préleveur peut être tenu responsable des dommages causés à l'eau. La loi consacre aussi le droit de chaque personne d'accéder à l'eau potable. Les besoins de la population passent avant les usages commerciaux. Toujours.

Ce que les entreprises détiennent, ce sont des autorisations de prélèvement délivrées en vertu de la Loi sur la qualité de l'environnement. Tout prélèvement de plus de 75 000 litres par jour exige une autorisation du ministre de l'Environnement. Ces autorisations sont valides pour seulement 10 ans. Le renouvellement n'est pas automatique et se fait aux conditions que le ministre juge appropriées. En cours de route, le ministre peut modifier, suspendre ou révoquer une autorisation, et limiter ou faire cesser tout prélèvement qui présente un risque pour la santé publique ou les écosystèmes.

Et parlons-en des risques. La sécheresse de 2025 a asséché des puits en Montérégie et dans les Cantons-de-l’Est, des municipalités ont demandé un BAPE sur les pénuries d’eau souterraine, et la ministre de l’Environnement a qualifié l’enjeu de préoccupant. Le gouvernement pourrait donc révoquer des permis à tout moment ou refuser de les renouveler à l’échéance dans les secteurs sous pression, et ce serait parfaitement légal en vertu du cadre actuel.

Ces pouvoirs existent déjà, aucune nouvelle loi ou lobbying n'est nécessaire. Et si l'Assemblée nationale voulait abolir la catégorie au complet ou reprendre le contrôle total, une loi ordinaire suffit, parce que ces permis ne jouissent d'aucune protection constitutionnelle. Le seul lobby que des entreprises privées peuvent faire sur l'eau, ce n'est pas pour valoriser l'eau du Québec. C'est pour valoriser leurs permis. Pour faciliter leur revente, pour leur donner une valeur marchande qu'ils n'ont pas, ou pour alléger des critères de la loi, assouplir les conditions de renouvellement, affaiblir les pouvoirs de révocation du ministre. Quand une compagnie qui détient des permis d'eau paie un lobbyiste pour parler de valorisation au gouvernement, elle ne défend pas votre eau, elle défend son papier.

D’ailleurs, le cadre n'a pas cessé de se resserrer depuis 2009\. La loi a été renommée et renforcée, elle s'appelle maintenant la Loi affirmant le caractère collectif des ressources en eau et favorisant une meilleure gouvernance de l'eau et des milieux associés. Le Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection est entré en vigueur en 2014, les redevances ont été haussées, et une révision réglementaire était encore en consultation en novembre 2025.

Prime Drink Group détenait jusqu'à tout récemment un mandat actif au registre des lobbyistes, avec Primeau lui-même inscrit, pour proposer au gouvernement du Québec un partenariat stratégique de valorisation et de protection des eaux souterraines. Ce mandat a été modifié juste avant l'annonce, le 21 août, qu'Olivier Primeau partira en tournée électorale parallèle pour Christine Fréchette et la CAQ, à bord d'une caravane payée par le parti, en vue du scrutin du 5 octobre. L'arrangement fait en sorte qu'il ne sera pas officiellement lobbyiste en pleine campagne.

Un influenceur qui a des permis d'eau de source et qui a présenté au gouvernement un plan pour que l'État valorise ou rachète ses permis ferme son mandat de lobbyiste la semaine où il devient la tête d'affiche de la tournée du parti au pouvoir. Faut le faire.

En 1944, puis en 1963, le Québec a nationalisé l'électricité en expropriant des compagnies privées détenues en bonne partie par des capitaux ontariens et américains, des barrages, des centrales, des lignes de transport, des actifs physiques valant des centaines de millions. Ici, il n'y a rien de tout ça. Pas de barrage, pas d'infrastructure, pas un litre pompé. Juste du papier qui expire. Si le Québec voulait récupérer ces volumes, il attendrait que les permis arrivent à échéance sans les renouveler, ou il passerait une loi et les révoquerait dès demain.

Le narratif d'Olivier Primeau est de la bullshit. Son fameux chiffre de 36 % qu’il répète, c'est seulement 36 % du volume autorisé dans une seule petite catégorie administrative, l'eau de source embouteillable, 6 permis sur 42, environ soit 3,35 milliards de litres par année. Mais il pompe rien. Les industries québécoises assujetties aux redevances prélèvent environ 1 000 milliards de litres par année, et tous les embouteilleurs réunis comptent pour environ 1,4 % de ça.

Pour faire un ordre de grandeur. Une estimation gouvernementale évalue à environ 200 000 milliards de litres par année les réserves renouvelables d'eau souterraine des seules régions habitées du Québec. Les volumes de Prime représentent 0,0017 % de ça, sans compter l'eau de surface, les 500 000 lacs, les 4 500 rivières que détient le Québec. Le Saint-Laurent écoule le volume annuel complet des permis de Prime en moins de cinq minutes.

On n'a absolument pas besoin d'Olivier Primeau pour nous expliquer l'eau au Québec. La loi est déjà écrite, les pouvoirs de révocation existent. Son plan de valorisation consiste à revendre avec ses associés au gros prix à l'État des permis payés 3 millions qui n'ont jamais produit un litre ni un dollar. Primeau, c'est la face sur les réseaux sociaux. Derrière, il y a des associés mystérieux dans une penny stock sans revenus, qui gonflent le narratif de l'or bleu pour faire monter l'action et attirer des actionnaires. Primeau a acheté ses permis via Dominion Water Reserves en 2022, treize ans après que la loi ait clairement établi que l'eau appartient en tout temps au collectif québécois. Il n'a rien découvert. Il a acheté un bout de papier révocable dans un régime dont les règles étaient connues, puis il est allé raconter partout qu'il détenait un trésor et qu’il fallait le protéger.

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