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# Et si on changeait les règles du jeu
- URL: https://hotte.ai/et-si-on-changeait-les-regles-du-jeu/
- Published: 2026-04-16T16:00:00.000Z
- Updated: 2026-10-12T12:44:55.000Z
- Description: Beaucoup d'électeurs ne savent pas pour qui voter, l'abstention reste élevée et le cycle des déceptions recommence à chaque élection. Des propositions pour changer les règles du jeu démocratique au Québec.
- Author: JF Hotte
- Tags: Facebook

Une quantité surprenante d’électeurs semble ne pas savoir pour qui voter à la prochaine élection. Et ça, c’est sans compter le taux d’abstention, qui reste anormalement élevé au Québec. De plus en plus d’experts le disent, notre démocratie et notre état de droit est en danger.

Il y a souvent de gens qui votent par émotion ou espoir, et qui finissent chaque fois terriblement déçus. Des électeurs qui s’étaient tournés vers la Coalition Avenir Québec parce que le PLQ et le PQ les avaient tellement déçus qu’ils ne voulaient plus entendre parler d’eux. Après huit ans au pouvoir, la CAQ les a déçus à son tour. Et le cycle recommence.

Beaucoup votent sans réelle conviction. Certains bloquent un parti qu’ils n’aiment pas, d’autres suivent les sondages pour être du bord des gagnants. Une case cochée aux quatre ans, pis on retourne chez soi pendant que les décisions se prennent sans nous. On achète un billet de train, et on le laisse partir à la gare.

Il n’y a à peu près plus personne qui croit véritablement que le parti qui va prendre le pouvoir va changer quoi que ce soit. On vote par défaut ou par peur en pensant que c’est ça le devoir du citoyen. Rarement par conviction.

C’est ce qui me manque le plus dans le scrutin. Une autre option non partisane. Une option qui ne veut pas gouverner, qui veut fondamentalement changer les choses pour la suite.

Une option pour les électeurs qui constatent que, d’un gouvernement à l’autre, du Parti libéral de Jean Charest à la CAQ de François Legault, et possiblement demain au PQ de Paul St-Pierre Plamondon ou au PLQ de Charles Milliard, les résultats restent essentiellement les mêmes. On fait du surplace.

Il y a Québec solidaire, fondé en 2006, une voix pour la gauche. Mais force est de constater que, malgré le travail exceptionnel de ses députés, les sondages leur donnent à peine quatre ou cinq sièges à la prochaine élection. Le mode de scrutin ne les avantage pas et la gauche a très peu de pouvoir à l’Assemblée nationale. C’était quoi le dicton? La folie, c’est de faire les mêmes erreurs et de s’attendre à un résultat différent. Quelque chose doit changer. La droite est surreprésentée à l’Assemblée nationale et la gauche est sous-représentée. Et le peuple, comme l’opposition, a très peu de contre-pouvoir. C’est fou quand même quand c’est rendu que la gauche vote PLQ pour bloquer le PQ. Que les plus cyniques voteront pour le PCQ pour bloquer la CAQ. L’électorat québécois est une poule pas de tête.

Une chose est certaine, la communauté d’affaires va continuer d’influencer les grandes décisions, le privé va continuer de s’enrichir, le Québec va continuer de faire des déficits, nos écoles, nos hôpitaux, nos routes, nos infrastructures vont continuer de tomber en ruine.

Et ça ne sera certainement pas le PLQ ou le PQ, encore moins le PCQ, qui va renverser la vapeur.

Alors quoi faire quand aucun parti ne nous rejoint pas? Quoi faire quand on est plongés dans le cynisme depuis plus de 30 ans?

Pour moi, ça prend une autre voie. Une voie non partisane. Ça prend un mouvement citoyen qui veut rétablir les fondements démocratiques sans aspirer à gouverner. Un mouvement qui se présenterait aux élections non pas pour prendre le pouvoir, mais pour le redonner au peuple.

Un vote pour cette option-là devrait s’articuler autour de six grands principes.

1\. La proportionnelle, un début, mais loin d’être suffisant.

La promesse de la CAQ d’instaurer un mode de scrutin proportionnel mixte corrigerait l’aberration d’un gouvernement majoritaire élu avec moins de 40 % des voix. Mais changer le mode de scrutin, ce n’est pas changer fondamentalement les choses. Ça reste les mêmes partis et les mêmes intérêts en coulisses.

2\. La volonté générale, pas la volonté des lobbys.

Rousseau le disait il y a 250 ans, une société doit être gouvernée par la volonté générale, c’est-à-dire l’intérêt commun, et non par les intérêts individuels ou ceux d’une élite. Au Québec, les grandes décisions se prennent parfois à huis clos, entre ministres et dirigeants du Québec inc., entre sous-ministres et firmes de lobbying. Le citoyen apprend les décisions une fois qu’elles sont prises aux nouvelles, ou pire, une fois que les contrats sont signés. L’opposition et le peuple peuvent rien faire.

Il faut instaurer des mécanismes de consultation contraignants, des assemblées citoyennes tirées au sort sur les grands enjeux, un registre public et en temps réel des rencontres entre élus et lobbyistes.

3\. Briser le monopole du financement et de l’influence

Le financement des partis a été assaini après la commission Charbonneau, mais l’influence, elle, n’a jamais été touchée. Les ex-ministres deviennent lobbyistes le lendemain de leur départ. Les chefs de cabinet sautent dans les multinationales qu’ils régulaient la veille. Les firmes de relations publiques organisent des cocktails de financement déguisés en événements corporatifs.

Il faut un vrai mur entre la politique et les intérêts privés. Cinq ans de période de carence avant ou après qu’un élu ou un haut fonctionnaire puisse travailler pour un secteur qu’il a régulé. Une interdiction stricte pour les ex-politiciens de siéger sur des conseils d’administration d’entreprises qui ont reçu des contrats de l’État.

4\. L’éducation citoyenne comme colonne vertébrale.

On en est loin. Analphabétisme fonctionnel. Peu de discussions et débats citoyens. On sort du secondaire sans savoir comment fonctionne une loi, comment lire un budget provincial, comment distinguer un conflit d’intérêts d’une apparence de conflit d’intérêts. On forme des travailleurs et consommateurs, pas des citoyens.

Un cours obligatoire de démocratie active, de la 4e secondaire jusqu’au cégep, avec des simulations parlementaires, des analyses de campagne, de la vérification de faits.

5\. Des mécanismes de révocation et de référendum d’initiative populaire

Quand un élu sait qu’il est intouchable pendant quatre ans, il se comporte en intouchable.

Il faut un mécanisme de révocation populaire, c’est-à-dire que si un pourcentage suffisant d’électeurs d’une circonscription signe une pétition, le député doit se représenter en élection partielle.

Il faut aussi un véritable référendum d’initiative populaire, contraignant, sur les grandes questions de société.

6\. L’assemblée constituante

Une assemblée constituante composée de citoyens tirés au sort, représentatifs de la population, mandatés pour rédiger une nouvelle constitution du Québec. Son rôle serait de redéfinir les règles fondamentales du jeu démocratique, en dehors de l’influence des partis et des lobbys.

Pas pour gouverner, mais pour refonder les bases sur lesquelles on gouverne.

Une fois les mécanismes démocratiques remis en état de marche, nous pourrons recommencer à confier des mandats à des partis politiques, avec la confiance qu’ils auront à rendre des comptes à la population.

Ce n’est pas un programme de gouvernement, c’est un programme de réparation. Un parti ou un mouvement qui se présenterait là-dessus, en disant d’emblée qu’il ne veut pas gouverner, qu’il veut juste rétablir les conditions minimales d’une démocratie fonctionnelle, ce serait une nouveauté dans le paysage québécois.

Et ce serait, je pense, la seule façon de ramener à l’urne les gens qui ont décroché. Ceux qui ne votent plus parce qu’ils ont compris que peu importe la couleur, c’est toujours les mêmes qui décident dans le système actuel.

Le contrat social, tel que Rousseau l’imaginait, c’était un accord entre citoyens libres pour garantir la liberté et l’égalité de tous. Ce qu’on a aujourd’hui, au Québec, c’est un contrat entre partis, firmes de lobbying et communauté d’affaires contre les syndicats, dans lequel les citoyens sont appelés à signer une fois tous les quatre ans sans jamais avoir lu les clauses et les programmes et où notre tissus social se déchire, nos infrastructures tombent en ruine et où notre dette et nos déficits deviennent alarmants.

Il est grand temps de réécrire ce contrat et de faire autrement.

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