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# Pour en finir avec la démonisation de l'IA et des centres de données
- URL: https://hotte.ai/demonisation-ia-centres-de-donnees-quebec/
- Published: 2026-09-25T16:36:00.000Z
- Updated: 2026-10-12T03:07:36.000Z
- Description: Énergivore, gourmand en eau, impossible ici. Les mêmes objections reviennent à chaque texte sur l'IA. Pourquoi héberger nos données et notre calcul au Québec, avec notre hydroélectricité, vaut mieux que de les louer en Virginie à des centres alimentés au gaz.
- Author: JF Hotte
- Tags: Facebook

Chaque fois que j'écris sur l'IA, je reçois des dizaines de commentaires qui me disent que c'est énergivore, que ça boit de l'eau, qu'ici au Québec on ne pourrait jamais développer ça.

Selon cette logique, c'est bien mieux de louer notre puissance de calcul et d'héberger nos données en Virginie, dans des centres alimentés au gaz, qui envoient du CO2 dans l'atmosphère et qui viennent brûler nos forêts. Il faudrait continuer de payer les GAFAM à perpétuité, sans souveraineté numérique, pour qu'eux bâtissent avec les pratiques les plus sales au monde. Le tout en vendant notre électricité à rabais aux géants américains.

Nous, on a de l'hydroélectricité. On a la chance de pouvoir héberger nos données et notre calcul avec de l'énergie propre, et on choisit de ne pas le faire parce qu'on croit tout ce que les doomers répètent sans jamais vérifier.

Je vais être transparent. Cette logique-là oublie c'est quoi, notre industrie polluante au Québec.

Nos alumineries tirent environ 5 000 mégawatts en continu, presque le quart de toute l'électricité consommée au Québec, autour de 5 cents le kilowattheure. Les propriétaires s'appellent Rio Tinto et Alcoa. Les profits partent à Londres et à Pittsburgh.

En échange, elles émettent 5,2 millions de tonnes de CO2 par année, 42 % de toutes nos émissions industrielles. Elles exportent pour 9 à 10 milliards $ et font vivre environ 7 500 emplois directs en région. Ramené au mégawatt, c'est environ 2 millions $ de revenus et un peu plus de 1 000 tonnes de CO2 par année.

Nos papetières consomment l'équivalent de 1 600 mégawatts en continu, environ 8 % de toute l'électricité du Québec. Pour l'eau, c'est pire que tout. Chaque tonne de papier avale entre 20 000 et 60 000 litres, des centaines de milliards de litres par année, immensément plus que n'importe quel centre de données. Le séchage se fait au gaz et au mazout. La production a fondu de moitié depuis 2005 et les emplois en usine sont passés de 34 000 à environ 15 000\. Il ferme une machine à papier chaque année. Comprenez-vous qu'on doit de toute urgence réinventer notre économie?

Savez-vous à quel point il y a du gaspillage dans l'industrie du papier? Avant le règlement de 2023, 800 000 circulaires non sollicitées atterrissaient chaque semaine dans les boîtes aux lettres de Montréal, 41 millions par année, 20 800 tonnes de papier, pour une seule ville. À l'échelle du Québec, c'est plusieurs millions de circulaires par semaine qu'on imprime, qu'on distribue et qu'on jette sans les lire, avec des usines qui tournent à l'hydro et qui sèchent au gaz pour ça. Personne n'écrit que le Publisac ou les publicités des courtiers immobiliers sont trop énergivores pour le Québec.

Nos 350 terrains de golf arrosent en un seul été plus que ce que consommeraient tous nos centres de données. Personne ne manifeste devant un golf.

Regardons maintenant ce qu'on aurait si on avait bâti ça ici. Pour héberger nos données publiques, faire tourner notre recherche universitaire et donner du calcul à nos entreprises, on n'a pas besoin de gigacentres à l'américaine. Trois ou quatre centres de 100 à 150 mégawatts. 500 mégawatts au total. C'est un peu plus de 1 % de la puissance d'Hydro-Québec, 10 % de ce que mange l'aluminium, 30 % de ce que mangent les papetières.

Un centre moderne fonctionne en circuit fermé. L'eau tourne en boucle, l'appoint annuel se compte en dizaines de millions de litres, pas en centaines de milliards. Le refroidissement liquide directement sur les puces remplace la climatisation et la chaleur récupérée chauffe des quartiers entiers, comme à Stockholm et à Helsinki. Les puces d'IA font environ 25 fois plus de calcul par watt qu'il y a huit ans, et la photonique qui arrive remplace le cuivre par la lumière entre les processeurs, là où une grosse part de l'énergie se perdait. Les modèles plus petits et spécialisés font le travail à une fraction de l'énergie d'un modèle géant. Un centre bâti en 2027 fera plusieurs fois plus de calcul par mégawatt qu'un centre de 2023\. Sur de l'hydro, le CO2 est à peu près nul.

Et ça rapporte.

Louer l'espace et le refroidissement à un client d'IA vaut environ 3 millions $ US par mégawatt par année sur les contrats récents. Exploiter le calcul nous-mêmes, sur le modèle d'Hydro-Québec, vaut entre 8 et 12 millions $ US par mégawatt. Sur 500 mégawatts, ça donne entre 2 et 8 milliards $ par année. Cinq à huit fois plus que l'aluminium par mégawatt, pour presque zéro CO2, et la marge reste ici au lieu de partir chez Rio Tinto ou chez Amazon.

À quand une vraie vision pour un vrai grand chantier au Québec?

À Arvida, l'aluminerie de Rio Tinto rejette des fluorures, du dioxyde de soufre et des hydrocarbures aromatiques polycycliques, dont le benzo(a)pyrène, un cancérogène reconnu. Ces retombées se déposent sur les sols, dans le Saguenay et sur les habitats autour, année après année, avec la bénédiction de Québec qui lui permet de dépasser les normes. Pendant ce temps, on manque tellement de vision et d'information qu'on s'inquiète de l'eau d'un centre de données en circuit fermé.

Remplacer graduellement ces industries-là par du calcul, ce serait non seulement plus écologique, ce serait plus rentable. Chaque mégawatt rapporterait au moins cinq fois plus et les profits resteraient ici. C'est exactement ce que les géants américains, les lobbies de Rio Tinto et les grandes sociétés qui vivent de notre électricité à rabais ne veulent pas que vous compreniez.

Je ne suis pas naïf. Ça crée moins d'emplois par mégawatt qu'une aluminerie, et les processeurs se remplacent aux quatre ou cinq ans. Mais cet argent-là peut servir à redistribuer la richesse, à développer nos régions et à créer des emplois dans les secteurs d'avenir. Je ne veux pas fermer le Saguenay. Je veux qu'on prenne les mégawatts que les papetières libèrent déjà en fermant. Une usine de papier journal qui ferme à Baie-Comeau ou à Trois-Rivières laisse 100 mégawatts, un poste électrique, un accès à l'eau et une main-d'œuvre industrielle. Un centre de calcul sur ce site-là, c'est 300 millions $ à 1,5 milliard $ de revenus par année là où il y avait zéro.

On produit pour nous. Le surplus, on le vend en infonuagique, exactement comme on vend nos surplus d'électricité à New York. On garde les profits au lieu de tout donner à rabais. Ce projet-là, c'est le cauchemar de Trump et des lobbies américains. N'ayons pas peur.

Le Québec a mis des centaines de millions dans la recherche en IA à Montréal et n'a jamais bâti le calcul qui va avec. On subventionne et on forme les cerveaux ici, on publie les papiers universitaires, et c'est ailleurs que se font les profits. En 1962, on avait la même peur du risque devant nous et on a nationalisé l'électricité pareil. On avait de la vision. Aujourd'hui, on donne 5 000 mégawatts à Rio Tinto pour 1 000 tonnes de CO2 le mégawatt et on trouve que 500 mégawatts pour héberger nos propres données, c'est trop polluant.

Honnêtement, j'en peux plus des chroniqueurs au Québec qui se pensent bien intelligents en signant des textes contre l'IA et contre les centres de données. Le tout sans aucune expertise en technologie, en environnement ou en économie, sans même connaître le portrait réel de nos industries. Et ça façonne l'opinion publique. C'est du journalisme bas de gamme.

Pendant ce temps, les lobbies américains et ceux des grandes sociétés qui vivent de notre électricité à rabais sont morts de rire. Ils financent leur croissance avec nos mégawatts pendant qu'on se fait vendre des campagnes de peur. On est la vache à lait des entreprises américaines et on applaudit.

Quand les seuls qui osent nommer le problème ne sont pas invités dans les médias, c'est qu'il y a un trou dans l'offre journalistique au Québec. Ceux qui démonisent cette industrie-là doivent faire un examen de conscience. Je ne nommerai personne, mais ça ne vole pas haut.

Cette mentalité de colonisé, sans audace, sans grandeur, sans vision, ça doit cesser. Lesage et Lévesque ont nationalisé l'électricité, Parizeau a bâti la Caisse, Bourassa a lancé la Baie-James, et chaque fois tout le monde leur disait que c'était trop gros pour nous. Reprenons cette vision-là et arrêtons d'avoir peur. Ramons, câlice.

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