22 juillet 2026 · Facebook

Arrêtons de démoniser le nucléaire, surtout celui de nouvelle génération

Tchernobyl et Fukushima pèsent encore sur l'imaginaire, mais les petits réacteurs modulaires n'ont rien des réacteurs soviétiques des années 1970. Plus de 180 réacteurs mis en service depuis 1990, un seul accident majeur, et ce que l'Ontario construit à Darlington.

Arrêtons de démoniser le nucléaire, surtout celui de nouvelle génération

Pour beaucoup de Québécois, le mot « nucléaire » évoque immédiatement Tchernobyl, Fukushima ou encore les bombes atomiques. La catastrophe de Tchernobyl, amplifiée par les documentaires et la célèbre série télévisée, a profondément marqué l’imaginaire collectif, tout comme les images d’Hiroshima et de Nagasaki. Ce traumatisme est compréhensible. Mais la technologie a évolué de façon spectaculaire. Les petits réacteurs modulaires développés aujourd’hui n’ont plus rien en commun avec les réacteurs soviétiques des années 1970 et 1980.

Les accidents majeurs demeurent extrêmement rares. Depuis 1990, plus de 180 réacteurs nucléaires ont été mis en service dans le monde. Le seul accident majeur a été Fukushima en 2011, sur des réacteurs conçus dans les années 1970. Les réacteurs de nouvelle génération sont fondamentalement différents. Ils intègrent des systèmes de sécurité passifs qui arrêtent automatiquement la réaction nucléaire et évacuent la chaleur par gravité et convection, sans intervention humaine ni alimentation électrique. Le risque zéro n’existe pas, mais les technologies actuelles sont incomparablement plus sûres que celles du siècle dernier.

Prenons le BWRX-300, que l’Ontario construit actuellement à Darlington. Il produit environ 300 MW d’électricité, suffisamment pour alimenter près de 300 000 foyers. En cas de problème, les barres de contrôle arrêtent automatiquement la réaction nucléaire, puis la chaleur résiduelle est dissipée naturellement pendant plusieurs jours, sans dépendre de systèmes actifs.

Comparons maintenant cette technologie à un grand barrage hydroélectrique. Le barrage Site C, situé sur la rivière de la Paix, dans le nord-est de la Colombie-Britannique, a coûté environ 16 milliards de dollars. Il offre 1 100 MW et produit environ 5,1 TWh d’électricité par année, mais son réservoir couvre 9 330 hectares, dont plus de 5 300 hectares de terres nouvellement inondées.

À titre comparatif, les quatre BWRX-300 de Darlington coûtent environ 21 milliards de dollars. Ils produiront 1 200 MW et près de 9,5 TWh d’électricité par année, tout en occupant seulement 11 hectares, soit environ 850 fois moins de superficie. La différence vient du facteur de capacité, c’est-à-dire le pourcentage du temps où l’installation produit à pleine puissance.

MW (mégawatts) = puissance instantanée maximale.

TWh (térawattheures) = énergie totale produite sur une année.

Un réacteur nucléaire fonctionne généralement autour de 90 à 92 % du temps à pleine puissance. C’est beaucoup plus efficace.

Une centrale nucléaire nécessite aussi beaucoup moins d’infrastructures permanentes, de routes, de lignes de transport et de transformation du territoire. Les barrages demeurent une bonne source d’énergie, mais chaque nouveau projet exige l’inondation de vastes superficies, alors qu’un réacteur moderne concentre une production d’électricité supérieure sur une empreinte au sol minime.

Et les dangers?

Même dans le scénario extrêmement improbable d’une fusion du cœur, les conséquences attendues seraient très différentes de celles observées à Tchernobyl. Les enceintes de confinement modernes sont conçues pour limiter fortement les rejets radioactifs. De plus, plusieurs projets canadiens de petits réacteurs sont prévus sur des sites industriels existants ou dans des régions très peu peuplées afin de réduire les risques pour la population.

La gestion des déchets a également énormément progressé. Une partie du combustible usé peut être retraitée dans certains pays afin de récupérer des matières fissiles encore utilisables. Les réacteurs de quatrième génération, actuellement en développement, pourraient utiliser davantage de ce combustible et réduire encore les déchets ultimes. La Finlande a inauguré le premier dépôt géologique profond permanent au monde, où les déchets sont enfermés dans des conteneurs spécialement conçus puis entreposés à plusieurs centaines de mètres sous une roche stable.

Contrairement à ce que plusieurs imaginent, le volume de déchets est relativement faible. Un réacteur comme le BWRX-300 devrait utiliser environ 440 tonnes de combustible sur près de 60 ans tout en produisant environ 150 térawattheures d’électricité. Sa densité énergétique est exceptionnelle, avec un très faible volume de combustible comparativement à l’énergie produite.

Les prochaines avancées sont encore plus prometteuses. Les réacteurs rapides, les réacteurs au sel fondu et les micro-réacteurs pourraient mieux utiliser le combustible, réduire les déchets à long terme et être installés directement à proximité des centres de données, des mines ou des industries. Leur chaleur résiduelle pourrait aussi alimenter des réseaux de chauffage urbain ou des procédés industriels, augmentant considérablement leur efficacité énergétique.

Enfin, le nucléaire émet environ 5 à 6 fois moins de CO₂ sur l’ensemble de son cycle de vie que l’hydroélectricité lorsque celle-ci repose sur de grands réservoirs, principalement en raison du méthane émis par les zones inondées dans certains climats. En plus de réduire fortement les émissions du transport et de l’industrie, il fournit une électricité stable, 24 heures sur 24, sans nécessiter l’inondation de milliers d’hectares. Le nucléaire moderne mérite d’être évalué à la lumière des technologies d’aujourd’hui plutôt que des tragédies d’il y a un demi-siècle. Si le Canada veut demeurer une puissance énergétique, il serait difficile d’ignorer une technologie qui a autant évolué.

Ce travail de recherche est indépendant et gratuit. Si vous le trouvez utile, vous pouvez l'encourager par une contribution volontaire, du montant de votre choix.

Contribuer