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# L'Alberta et le référendum du 19 octobre
- URL: https://hotte.ai/alberta-referendum-19-octobre/
- Published: 2026-10-11T01:30:00.000Z
- Updated: 2026-10-12T03:07:34.000Z
- Description: L'Alberta vote sur la tenue d'un référendum de séparation. Les sondages, l'oléoduc de Carney, l'intérêt américain pour le pétrole albertain et ce que ça change pour le Québec et le Canada.
- Author: JF Hotte
- Tags: Facebook

L'Alberta vote le 19 octobre sur la tenue d'un référendum de séparation. Carney avait pourtant accéléré le 1er octobre un nouvel oléoduc vers la côte ouest, annoncé aux côtés de Danielle Smith à Fort McMurray.

J'ai travaillé à Fort McMurray dans ma jeune vingtaine et aujourd'hui je comprends mieux la réalité albertaine. La séparation est peu probable, mais c'est inquiétant quand même, et ça ferait bien plaisir aux États-Unis qui veulent notre pétrole. Angus Reid, février 2026, mesure que les Canadiens sont nombreux à croire que Washington ferait pression sur une Alberta indépendante pour qu'elle se joigne aux États-Unis. Research Co., août 2026, trouve 16 % d'Albertains qui accueilleraient l'idée. Si jamais ça arrivait un jour, on n'aurait aucune raison de s'en réjouir au Québec.

Le Québec fait des déficits. Le budget de mars 2026 prévoit 8,6 milliards de dollars de déficit pour 2026-2027, après 9,9 milliards en 2025-2026, et le retour à l'équilibre en 2029-2030 repose sur une croissance que Desjardins qualifie déjà d'optimiste. On a reçu 13,6 milliards de dollars en péréquation en 2025-2026, plus de la moitié de tout le programme. Sans ce chèque, le déficit de l'an dernier aurait dépassé 23 milliards. L'Alberta, elle, n'en reçoit pas une cenne vu ses revenus pétroliers. Les souverainistes québécois diront qu'on a financé l'Alberta à l'époque et qu'ils nous en doivent, mais ce n'est plus la question.

L'Institut Fraser, avec la méthode de Statistique Canada, calcule que de 2007-2008 à 2026-2027, les Albertains auront envoyé à Ottawa 321,9 milliards de dollars de plus que ce qu'ils ont reçu en retour. Presque quatre fois la Colombie-Britannique, plus de cinq fois l'Ontario. Les sept autres provinces, dont le Québec, sont receveuses nettes. Le Québec est le premier sur la liste, qu'on le veuille ou non.

Janet Brown, qui réalise les sondages de CBC News en Alberta, mesure depuis 2025 que le noyau séparatiste se durcit. Et une partie des quelque 70 % d'Albertains qui veulent rester au Canada pourraient quand même voter pour la tenue du référendum, juste pour envoyer un message à Carney et au reste du pays.

Une séparation de l'Alberta nous propulserait vers des déficits majeurs et une récession importante. On finance déjà nos services publics à crédit. Le débat sur la souveraineté est légitime et il va occuper les quatre prochaines années, mais applaudir le départ de l'Alberta en pensant que ça nous aide, c'est se tromper. L'Alberta paie une partie de nos écoles et de nos hôpitaux depuis vingt ans.

Ipsos pour Global News, 28 mai au 1er juin 2026\. 37 % des Québécois ne souhaitent pas que l'Alberta reste au Canada, contre 20 % ailleurs au pays. Ici, on souhaite leur départ plus que partout ailleurs.

C'est aussi ici qu'on a bloqué Énergie Est. Le projet de TransCanada devait transporter 1,1 million de barils par jour de l'Alberta jusqu'à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, en traversant le Québec. En janvier 2016, Denis Coderre et les 82 maires de la Communauté métropolitaine de Montréal se sont prononcés contre, le gouvernement Couillard a multiplié les conditions, et TransCanada a abandonné le projet le 5 octobre 2017\. Pendant ce temps, nos deux raffineries, Valero à Lévis et Suncor à Montréal-Est, roulent sur du brut de l'Ouest canadien et des États-Unis par la ligne 9 d'Enbridge, 830 kilomètres de Sarnia à Montréal-Est en longeant la 401, puis par pétrolier jusqu'à Lévis. En 2025, le Québec a importé 126 000 barils par jour des États-Unis, selon la Régie de l'énergie du Canada, et environ 200 000 barils par jour sont arrivés de l'Ouest. On a refusé le tuyau qui continuait vers l'est, mais on achète des États-Unis et on accepte le pétrole de l'Ouest. Tout ça ne doit faire aucun sens pour le reste du Canada.

Il y a beaucoup d'hypocrisie au Québec et au Canada quand on parle des sables bitumineux et des pipelines. Ce qu'on démonise, c'est souvent pas la bonne cible. Je suis allé voir les chiffres dans le Rapport d'inventaire national 2026 d'Environnement Canada, l'inventaire québécois des GES 2023 et les données de la Régie de l'énergie du Canada.

Depuis 15 ans, chaque projet de pipeline a mobilisé plus de militantisme que l'extraction elle-même. Un pipeline, pourtant, c'est un tuyau. Les pipelines transportent 89 % du pétrole que le Canada exporte et émettent environ 10 millions de tonnes de GES par année, compression et fuites comprises, soit 1,5 % des 685 millions de tonnes que le Canada émet. Les sables bitumineux en émettent 92 millions, 13,4 % du total. Neuf fois plus.

En contrepartie, le Québec émet 78 millions de tonnes, 11,4 % du total canadien. Nos alumineries à elles seules en émettent 5,4 millions, 7 % de tout le Québec, pour 7 700 emplois directs et de l'électricité au tarif industriel autour de 5 cents le kilowattheure. 94 % du métal part aux États-Unis, qui le taxent à 50 % depuis juin 2025, et les exportations de la métallurgie québécoise ont chuté de 36 % en un an selon l'Institut de la statistique du Québec. Nos cimenteries émettent 3,9 millions de tonnes. Nos VUS et camions légers, 11 millions, plus que tous les pipelines du Canada réunis. Nos véhicules au complet, 32 millions de tonnes, 41 % de tout ce que la province émet, soit un tiers des sables bitumineux pour une province qui n'en produit pas une goutte. Et on manifeste contre un tuyau qui pèse 0,13 % de nos émissions.

Un pipeline n'augmente pas la production. Il la rend moins chère et moins polluante à transporter. Pendant que Northern Gateway, Énergie Est et Keystone XL se faisaient bloquer, les émissions des sables bitumineux ont quand même grimpé de 529 % depuis 1990\. Le pétrole est sorti par train, et par pétrolier au Québec, et c'était plus polluant. Environnement Canada a calculé que Trans Mountain ajouterait entre zéro et 17 millions de tonnes en amont, parce que ces barils seraient produits de toute façon, rentables même par train à partir de 60 dollars américains. Dans un pays qui émet 685 millions de tonnes, on a consacré quinze ans de combat politique à ça.

Je peux comprendre parfois que l'Alberta en ait un peu plein son cul de nous. On achète 126 000 barils de brut par jour aux États-Unis au lieu d’eux, on importe presque tout notre gaz naturel par le pays de Trump qui nous taxe, et on a bloqué le pipeline, leur industrie, qui, année après année, est le premier contributeur net d'une péréquation dont le Québec encaisse 13,6 milliards de dollars.

On se prétend plus catholique que le pape, mais on est une province qui consomme énormément d'énergie et qui pollue avec sa propre industrie lourde. Le Québec consomme environ 7 milliards de mètres cubes de gaz naturel par année, 14 % de toute l'énergie qu'on utilise. On n'en produit pas. Environ 80 % est du gaz de schiste américain, fracturé en Pennsylvanie et en Ohio, acheminé par le carrefour de Dawn en Ontario, puis sur 1 000 kilomètres de pipeline jusqu'ici. On paie la production, le transport et les fuites de méthane en chemin, et l'argent part aux États-Unis…

Même chose pour le pétrole. En 2025, le Québec a acheté 126 000 barils par jour aux Américains.

On devrait importer notre propre gaz de l’Ouest pour notre propre consommation, au prix coûtant, tant qu'on en brûle. Et ce n'est pas avant longtemps qu'on va arrêter d'en brûler. Du moins, arrêter notre dépendance énergétique avec les États-Unis.

La Norvège produit du pétrole depuis 1971 et en exporte presque la totalité. L'État détient 67 % d'Equinor, taxe les profits pétroliers à 78 % et verse chaque dollar de redevance dans un fonds souverain qui valait 22 683 milliards de couronnes au 30 juin 2026, environ 2 400 milliards de dollars américains pour 5,7 millions d'habitants. Le gouvernement n'en dépense que 3 % par année, pour les écoles, les hôpitaux et les pensions. Le pays roule à 90 % sur l'hydroélectricité, neuf voitures neuves sur dix y sont électriques, et les îles Lofoten restent fermées à l'exploration pour protéger la pêche. Ils vendent leur pétrole aux autres et gardent leur eau propre. C'est ce modèle-là qu'on devrait exiger du Canada et de l'Alberta en échange d'un pipeline. Un fonds, de l'argent pour la transition, des normes sur l'eau, des investissements.

Je ne dis pas qu'il faut développer plus les sables bitumineux. Il faut réutiliser les profits de cette industrie-là pour en sortir et faire une transition sur plusieurs années, et se concentrer sur la façon de consommer moins de pétrole au Canada. Mais, c’est pas pour demain, on augmente collectivement notre consommation énergétique, on fait le contraire de ce que l’on souhaite et de ce qu’on prétend être. Et ça va continuer ainsi.

Le Québec a bloqué Énergie Est en 2017, importe 126 000 barils par jour des États-Unis, souhaite le départ de l'Alberta plus que n'importe quelle autre province, et encaisse 13,6 milliards de péréquation par année. Je crois qu’on devrait se regarder le nombril un peu plus souvent et tenter d'améliorer notre relation avec le Canada et l'Alberta. Peut-être même amorcer une thérapie de couple.

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